La justice

Justice et égalité, faut-il traiter chacun de même ?

Une société juste doit reconnaître à chacun les mêmes droits. Mais les personnes rencontrent des difficultés différentes pour en bénéficier. Une aide adaptée à ces difficultés peut donc servir l’égalité. Tu dois alors expliquer quelle différence justifie cette aide et selon quelle règle elle sera accordée. Le sujet te demande ainsi de comparer l’égalité des droits et la manière dont la société traite les personnes.

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Tu dois préciser ce que veut dire « de la même manière »

Le sujet Une société juste doit-elle traiter tout le monde de la même manière ? concerne les règles selon lesquelles nous vivons ensemble. Une société juste organise les rapports entre les personnes en donnant à chacun ce qui lui revient. Tu dois toutefois justifier ce qui revient à chacun. Par exemple, un droit à l’instruction peut appartenir à tous, tandis que l’aide nécessaire pour étudier varie selon la situation de l’élève.

Les mots doit-elle interrogent une obligation. Tu recherches donc ce que la justice exige d’une société. Les mots tout le monde demandent d’inclure chaque personne, même celle dont la situation est moins fréquente. Cependant, une règle commode pour la majorité peut laisser une personne à l’écart du service auquel elle a droit.

L’expression de la même manière possède plusieurs sens. Tu peux d’abord parler des mêmes droits, comme le droit de présenter sa candidature à une formation. Tu peux ensuite parler d’une règle commune pour étudier ces candidatures. Mais tu peux aussi demander si chaque candidat doit recevoir une aide identique. Ces demandes conduisent à des réponses différentes.

Tu distingues également les moyens et les résultats. Une aide supplémentaire peut permettre à un élève d’assister au cours. Sa présence lui donne la possibilité d’apprendre, sans garantir qu’il obtiendra la même note que son camarade. Il faut donc expliquer quelle égalité tu défends, avant de juger la différence de traitement.

Une règle commune protège chacun contre le favoritisme

Dans une situation inventée, une bibliothèque municipale prête ses livres pendant trois semaines à chaque lecteur. Le responsable accorde six semaines à son ami, car il le connaît. Les autres lecteurs doivent attendre plus longtemps pour emprunter ces livres. Tu peux donc qualifier cette faveur d’injuste. L’amitié du responsable avec un lecteur ne justifie aucune priorité dans l’accès au service.

La règle commune permet à chacun de savoir à quelles conditions il pourra emprunter. Elle limite aussi la possibilité pour le responsable d’avantager ses proches. Tu défends alors l’égalité de traitement entre les lecteurs dont les situations sont comparables. Le critère doit rester le même lorsque la personne change, car chaque lecteur possède le même droit d’utiliser le service.

Cette exigence concerne aussi la règle elle-même. Par exemple, une règle qui réserverait les livres à une famille pourrait être appliquée régulièrement tout en excluant les autres habitants. Tu dois donc discuter les raisons pour lesquelles chacun bénéficie du droit d’emprunter. La régularité d’une décision et la justice de son critère demandent deux examens différents.

Une aide identique peut laisser subsister une inégalité

Prenons une autre situation inventée. Une formation exige le même travail de tous les élèves. Une élève possède déjà les livres nécessaires chez elle, tandis qu’un autre élève partage les siens avec plusieurs personnes et dispose d’un budget limité. Les deux ont pourtant le droit de suivre la formation. Le second rencontre donc une difficulté supplémentaire pour préparer les exercices.

La formation pourrait prêter des livres à l’élève qui en manque. Tu peux justifier ce prêt par le besoin de disposer du matériel demandé pour étudier. En effet, l’aide répond à une difficulté qui concerne directement l’accès au travail scolaire. Les deux élèves continuent à faire les mêmes exercices, mais ils reçoivent des moyens différents pour pouvoir les préparer.

Tu dois aussi préciser la limite de cette aide. Un prêt accordé selon le matériel disponible peut se défendre. Mais un prêt accordé selon la sympathie du professeur réintroduirait le favoritisme. La différence de traitement exige donc un critère que chacun peut comprendre et que toute personne dans la même situation peut faire valoir.

L’égalité des droits donne ainsi une raison de discuter les moyens d’en bénéficier. Tu peux défendre une aide adaptée sans exiger que tous les élèves obtiennent une note identique. En effet, l’aide concerne ici la possibilité de travailler. Le résultat dépend encore du travail réalisé et de ce que l’élève a compris.

Aristote distingue le partage et l’application d’une règle

Dans le livre V de l’Éthique à Nicomaque, Aristote explique que la justice distributive compare les personnes selon un critère de mérite. Les parts doivent respecter la proportion entre les personnes selon ce critère. Cependant, les citoyens discutent ce critère. Tu peux vérifier ce raisonnement dans la section 3 de la traduction anglaise de Ross publiée par le MIT. Tu dois donc justifier le critère retenu pour comparer les personnes.

Par exemple, dans un concours inventé de traduction, le jury peut attribuer un prix au texte qui respecte le mieux les exigences annoncées. Dans une aide destinée à acheter des livres scolaires, le manque de ressources fournit une autre raison de répartir l’argent. Le prix récompense la qualité du travail présenté. L’aide financière doit permettre à l’élève d’obtenir le matériel demandé. Tu dois donc expliquer le but de chaque partage avant de choisir son critère.

Aristote examine ensuite l’équité, dans la section 10 du même livre. Une loi générale peut manquer une circonstance particulière. L’application équitable corrige alors cette difficulté selon ce que le législateur aurait décidé s’il avait connu le cas. Tu distingues ainsi le critère d’un partage et l’adaptation d’une règle générale à ses circonstances.

Reprenons notre bibliothèque. Un lecteur hospitalisé pendant plusieurs semaines peut demander un délai pour rendre un livre qu’il avait emprunté avant son hospitalisation. Tu peux discuter ce délai à partir de la raison de la règle, qui permet aux livres de circuler entre les lecteurs. L’empêchement du lecteur justifie donc l’examen du cas. Cependant, une prolongation automatique et sans limite demanderait encore de tenir compte des autres lecteurs qui attendent le livre.

Rawls cherche des principes que chacun pourrait accepter

Dans la Théorie de la justice, §24, Rawls propose le voile d’ignorance. Les personnes choisissent en effet les principes de leur société en ignorant leur position sociale et leurs avantages personnels. Tu peux lire ce passage à la page 10 du dossier Éduscol consacré à Rawls. Cette ignorance empêche donc chacun de choisir une règle spécialement pour son propre avantage.

Rawls donne priorité aux libertés égales. Ensuite, l’égalité équitable des chances exige que des personnes aux capacités et motivations comparables disposent de perspectives comparables, quel que soit leur milieu social. Elle vient avant le principe de différence. Ce principe exige que les inégalités économiques et sociales procurent le plus grand bénéfice aux membres les plus défavorisés. Ces principes viennent des pages 69 et 70 de La Justice comme équité. Tu peux lire leur reproduction à la page 11 du dossier. Tu examines donc les possibilités d’accès aux fonctions, puis les effets des inégalités sur les moins favorisés.

La réflexion de Rawls porte sur l’organisation des principales institutions de la société. Une décision de prêt de livres concerne donc un cas plus limité. Tu peux utiliser sa démarche pour demander si tu accepterais le critère d’aide en ignorant les ressources de ta propre famille. Mais une réponse favorable dans ce cas ne prouve pas que toute la société satisfait ses principes.

Les inégalités économiques demandent également une comparaison. Par exemple, deux organisations imaginaires peuvent améliorer la situation des personnes les plus défavorisées, avec des effets différents. Tu dois examiner laquelle améliore le plus leurs perspectives, sous les conditions précédentes. Le constat d’un avantage quelconque laisse cette comparaison inachevée.

Le plan doit expliquer pourquoi la première réponse rencontre une difficulté

Je te propose de partir de cette problématique. Comment une société peut-elle garantir à chacun un traitement juste alors que les personnes ont des besoins différents ? Tu conserves l’exigence d’égalité. Puis tu examines les situations dans lesquelles elle demande une adaptation. Les parties suivantes constituent un plan de travail que tu dois développer avec des arguments.

1. La justice exige un droit commun et des critères identiques

Tu justifies le refus du favoritisme par le droit de chacun à utiliser le service. L’exemple de la bibliothèque montre comment une faveur personnelle retarde l’accès des autres lecteurs. Mais une règle commune peut encore empêcher une personne de bénéficier du service lorsqu’elle rencontre une difficulté particulière. Cette limite impose donc d’examiner les situations auxquelles la règle s’applique.

2. Des difficultés différentes peuvent demander des moyens différents

Tu montres alors pourquoi une aide peut rendre l’exercice du droit possible. Le prêt de livres permet à l’élève de préparer le travail demandé. Il demeure toutefois nécessaire de justifier la différence retenue. Une aide liée à l’accès au matériel et une faveur liée à l’amitié produisent deux traitements différents, dont tu dois discuter les raisons.

3. L’aide doit répondre au besoin selon un critère commun

Tu recherches enfin un critère lié au but de la règle. Chaque personne dans une situation comparable doit pouvoir obtenir la même aide. La démarche de Rawls t’aide à interroger ton choix indépendamment de ton avantage personnel. Tu peux alors défendre une société qui reconnaît des droits communs et adapte certains moyens pour que chacun puisse en bénéficier.

La réponse dépend ainsi du sens donné à la même manière. Les droits communs et les critères impartiaux doivent s’appliquer à chacun. Certains moyens peuvent varier lorsque cette variation répond à une difficulté liée à l’exercice du droit. La méthode de dissertation t’aide à développer ce passage d’une réponse à l’autre. Tu peux également travailler les transitions entre tes parties.

Une erreur consiste à confondre équité et préférence personnelle

La phrase Pour être juste, il faut donner à chaque personne ce qu’elle veut confond une demande et sa justification. Par exemple, deux personnes peuvent vouloir le même livre au même moment. Tu dois donc expliquer selon quelle règle chacune pourra y accéder. Leur préférence personnelle laisse entière la question du partage.

Tu peux préciser le raisonnement en comparant les demandes. Un lecteur souhaite garder un livre parce qu’il lui plaît. Mais un autre doit rendre un livre pendant une hospitalisation qui l’empêche de se déplacer. La seconde situation donne une raison d’examiner un délai adapté. Le responsable doit encore fixer ce délai en tenant compte de l’accès des autres lecteurs. Tu relies ainsi l’adaptation à une difficulté qui concerne l’application de la règle.

Exercice corrigé sur une aide pour acheter des livres

Dans cette situation inventée, une formation dispose de 600 euros pour aider deux élèves à acheter les livres exigés. La première élève possède les ressources nécessaires pour tout acheter. Cependant, le second peut payer seulement la moitié des livres. Le responsable propose de donner 300 euros à chacun, parce que les deux élèves ont le même droit de suivre la formation. Tu dois examiner si une autre répartition pourrait mieux servir ce droit.

La correction

Le responsable déduit une somme identique d’un droit commun. Pourtant, les deux élèves rencontrent des difficultés différentes pour acheter les livres. La première élève peut déjà les acheter, tandis que le second dispose de ressources insuffisantes pour obtenir tout le matériel demandé. Tu peux donc défendre une aide calculée selon le coût des livres qui manquent au second. Le besoin de matériel justifie ici la différence de traitement.

L’énoncé indique le montant disponible, mais il laisse inconnu le prix des livres manquants. Tu peux justifier le critère sans inventer la somme nécessaire. Par exemple, si les livres manquants coûtent 200 euros, tu peux défendre une aide de 200 euros au second et aucune aide à la première. Les 400 euros restants demeurent disponibles pour d’autres besoins. Si les livres manquants coûtent davantage, le responsable doit examiner une aide différente. Tu conserves ainsi une distinction entre la justification du partage et le calcul du montant.

Ton paragraphe doit aussi préciser que tout élève dans la même situation pourra demander cette aide. Le critère de ressources devient alors indépendant de la préférence du responsable. Tu peux défendre cette différence au nom de l’accès à la formation, tout en maintenant la même exigence de travail pour les élèves.

Le diagnostic gratuit de méthode t’aide à choisir un exercice adapté à ta difficulté. Si tu veux suivre la construction d’un raisonnement dans une copie entière, le recueil de cinq dissertations corrigées présente aussi le travail au brouillon. Tu peux poursuivre la réflexion sur la justice avec la distinction entre le fait et le droit.

Les textes que tu peux consulter

La justice figure dans les programmes des voies générale et technologique. Tu peux consulter les textes officiels sur la page Éduscol des programmes de philosophie. Cependant, le plan et les exercices proposés ici sont des conseils de méthode. Tu dois donc adapter ton raisonnement aux mots du sujet que tu traites.

Questions fréquentes

Ce qu’il faut retenir avant de commencer

Quelle différence entre égalité et équité ?

L’égalité affirme que les personnes sont égales selon un rapport qu’il faut préciser, par exemple leurs droits. L’équité examine les circonstances pour appliquer une règle avec justice. Tu peux ainsi justifier des moyens différents lorsqu’ils permettent à chacun de bénéficier d’un même droit. La différence de traitement demande toutefois une raison liée au but de la règle.

Une société juste doit-elle traiter chacun de la même manière ?

Une société juste doit garantir des droits communs et appliquer les mêmes critères aux situations comparables. Des situations différentes peuvent cependant demander des aides différentes. Tu dois alors montrer que l’adaptation répond à une difficulté pertinente et que toute personne dans cette situation bénéficie du même critère.

Comment utiliser Aristote dans un sujet sur l’égalité ?

Dans le livre V de l’Éthique à Nicomaque, Aristote examine le partage proportionnel, puis l’équité face aux limites d’une loi générale. Tu peux ainsi utiliser le partage proportionnel pour discuter le critère d’une distribution. L’équité aide ensuite à expliquer pourquoi les circonstances d’un cas demandent parfois une application adaptée. Chaque référence doit soutenir un argument développé.

Rawls justifie-t-il toutes les inégalités économiques ?

Rawls soumet les inégalités à des conditions exigeantes. Les libertés égales ont priorité, puis l’égalité équitable des chances. Le principe de différence demande le plus grand bénéfice pour les membres les plus défavorisés de la société. Tu dois donc comparer les organisations possibles et leurs effets, au-delà du constat d’un avantage quelconque.

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