Le devoir et la justice

Peut-on désobéir par devoir ? Arguments et plan pour le bac

Tu peux désobéir par devoir lorsqu’un ordre te demande de participer à une injustice. Ton refus doit toutefois être justifié, car ta conscience peut aussi défendre ton intérêt ou se tromper. Tu dois donc expliquer le tort causé par l’obéissance et examiner les conséquences de ton refus. Le devoir peut alors conduire à contester une règle pour protéger les personnes qu’elle traite injustement.

  • Voie générale
  • Voie technologique
  • Candidat individuel

Ce que demande « Peut-on désobéir par devoir ? »

Le mot « peut-on » interroge ici la justification de l’action. Une personne possède parfois les moyens de contourner une règle, mais le sujet demande si elle peut avoir raison de le faire. Tu passes donc d’une possibilité matérielle à une question morale. Le repère en fait et en droit aide à expliquer cette différence dès ton brouillon.

Le verbe « désobéir » suppose une demande ou une règle à laquelle une personne refuse de se conformer. Il peut s’agir d’un ordre particulier, comme la consigne d’un responsable, ou d’une loi qui concerne les citoyens. Tu dois identifier cette autorité, car le refus d’un ordre injuste et la contestation de toute règle commune demandent des arguments différents.

L’expression « par devoir » porte sur le motif du refus. Par exemple, une personne peut refuser une consigne pour éviter un effort ou parce qu’elle juge son exécution injuste. Même si les deux personnes accomplissent le même geste, leur raison d’agir diffère. Le sujet demande alors si une obligation morale peut exiger de désobéir à une autre obligation.

Le programme officiel de philosophie comprend le devoir dans la voie générale. De plus, la justice et la liberté figurent dans les deux voies. Tu peux donc utiliser ces distinctions en terminale générale et technologique, tout en adaptant ton travail au sujet proposé. Le plan développé ici constitue un entraînement.

La contrainte, l’obligation légale et le devoir moral

Une contrainte te force à agir ou te fait agir sous la menace. Par exemple, une personne armée exige que tu lui remettes ton téléphone. Tu peux céder pour te protéger. Ce comportement s’explique par le danger, alors que la question de savoir si cette personne possède le droit de te commander reste distincte.

Une obligation légale découle d’une règle juridique en vigueur. Le code de la route impose par exemple des conditions de circulation qui permettent aux usagers de prévoir le comportement des autres. Un devoir moral concerne ce que tu juges juste de faire. Ainsi, tu peux considérer que tu dois aider une personne en difficulté même lorsque personne ne surveille ton comportement. Ton jugement engage alors une raison que tu estimes valable.

Les obligations peuvent se rejoindre. Une règle protège les personnes et tu la respectes parce que tu reconnais cette protection. Mais elles peuvent également entrer en conflit. Une autorité peut exiger un traitement que tu juges injuste envers un groupe. Tu dois alors comparer la raison d’obéir et la raison de refuser. La légalité concerne la conformité aux règles en vigueur, tandis que la légitimité demande si ces règles peuvent être justifiées.

Pourquoi l’obéissance peut-elle être un devoir ?

Les règles communes permettent aux personnes de compter les unes sur les autres. Par exemple, un conducteur respecte un feu rouge. Les piétons peuvent traverser parce qu’ils prévoient que les voitures s’arrêteront. Si le conducteur s’accorde une exception pour arriver plus vite, il impose un risque aux autres. Son avantage personnel affaiblit donc une protection dont il profite lui-même lorsqu’il marche.

Rousseau explique dans le livre I, chapitre VIII du Contrat social que l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté. Le citoyen peut obéir à une loi commune tout en restant libre, car il appartient au peuple qui se donne ses lois. La liberté dépasse alors la satisfaction immédiate d’un désir personnel. Elle concerne aussi la possibilité de vivre sous des règles auxquelles les citoyens participent.

Dans le livre II, chapitre VI, Rousseau précise que la loi porte sur le peuple considéré dans son ensemble. L’intérêt commun permet donc de comprendre sa justification. Une règle fabriquée par un individu pour son propre avantage relève d’une autre logique. Tu dois conserver cette différence lorsque tu utilises Rousseau, car sa formule concerne des lois communes légitimes. Les deux passages sont accessibles dans le texte du Contrat social conservé par l’Université de Genève.

Cet argument justifie l’obéissance lorsqu’elle protège une liberté partagée. Cependant, une loi peut aussi organiser une injustice. Tu dois alors examiner son contenu, car la présence d’une autorité et d’une sanction établit seulement que la règle peut être appliquée. La justification morale de cette application demande une autre démonstration.

Thoreau et la responsabilité de celui qui obéit

Thoreau critique l’obéissance qui transforme une personne en participante à l’injustice. Dans La Désobéissance civile, il examine notamment un État qui maintient l’esclavage et mène la guerre contre le Mexique. Son raisonnement part donc de la responsabilité de l’individu. Si mon action aide une autorité à commettre une injustice, je dois examiner ma participation, même lorsque cette autorité me demande d’obéir.

Thoreau explique qu’il a refusé de payer un impôt personnel pendant plusieurs années et passé une nuit en prison. Mais il précise qu’il paie la taxe destinée aux routes. Son refus vise son soutien à l’État dont il conteste les actions. Le texte distingue donc les obligations selon la participation qu’il juge acceptable. Thoreau discute son allégeance, c’est-à-dire le soutien qu’il accorde au pouvoir, plutôt que l’affectation de chaque somme versée à une dépense particulière.

Tu peux vérifier ces passages dans le texte original de Thoreau disponible chez Project Gutenberg. Pour ta copie, l’argument à développer concerne la responsabilité de celui qui exécute une règle. En effet, une personne peut connaître le tort causé par son action et choisir malgré tout d’aider à le produire. L’ordre reçu laisse donc ouverte la question de son propre jugement moral.

Le devoir peut ainsi conduire au refus lorsqu’une obéissance participe à une injustice. Mais cet argument demande un examen des faits. La personne doit pouvoir expliquer le tort auquel elle participe et le lien entre son refus et sa réduction. Un désaccord avec le gouvernement laisse encore à démontrer pourquoi cette action particulière devrait être refusée.

La conscience peut se tromper

La conscience morale désigne ici le jugement par lequel une personne évalue ses actes. Ce jugement lui permet de critiquer une règle, mais il peut aussi être influencé par ses habitudes ou ses préjugés. Une personne convaincue de défendre la justice peut soutenir une mesure qui exclut les autres. Tu peux donc reconnaître la sincérité de cette personne, puis lui demander pourquoi l’exclusion serait juste. Elle doit expliquer ce qui autoriserait à traiter les personnes différemment.

Le devoir impose donc un travail de justification. Une personne qui invoque l’égalité doit expliquer comment son refus protège cette égalité. Elle doit également accepter que les autres examinent ses raisons. Par exemple, un élève peut contester une règle d’accès à une activité parce qu’elle exclut arbitrairement certains camarades. Son argument devient discutable par tous lorsqu’il explique que les mêmes conditions d’accès devraient s’appliquer à chacun.

Les conséquences du refus comptent aussi. Une action peut chercher à défendre une personne tout en mettant d’autres personnes en danger. Tu dois alors comparer les moyens disponibles et le tort qu’ils risquent de causer. La possibilité d’une discussion ou d’un recours prévu par les règles mérite d’être examinée. Leur efficacité dépend toutefois de la situation. Cette réflexion concerne la justification philosophique du refus et laisse chaque cas juridique à l’examen des règles qui lui sont applicables.

La désobéissance civile cherche à changer une règle

Dans la désobéissance civile, le refus prend une forme publique et vise une règle jugée injuste. La personne expose ses raisons pour que la collectivité examine cette injustice. Cependant, une désobéissance morale peut rester limitée au refus d’un ordre particulier. Tu dois donc préciser la forme de contestation que ton exemple permet d’étudier.

En avril 1963, Martin Luther King est emprisonné à Birmingham après une manifestation interdite. Dans sa lettre, il défend l’action directe non violente contre la ségrégation, c’est-à-dire la séparation imposée entre les personnes selon leur couleur de peau. Cette action cherche en effet à obtenir une négociation lorsque les demandes de changement ont été refusées. Tu peux ainsi vérifier cette démarche dans les ressources historiques de l’Université Stanford sur la lettre de Birmingham.

Les manifestants demandent ainsi que les personnes discriminées puissent exercer les mêmes droits que les autres. Leur refus vise à changer les conditions communes, ce qui permet de le distinguer du conducteur qui souhaite éviter une règle pour gagner du temps.

Deux problématiques à comparer au brouillon

Une première formulation serait Faut-il obéir ou désobéir ? Elle reprend les deux conduites possibles, mais laisse de côté le motif du refus. Tu risques alors de consacrer une partie aux avantages de l’obéissance et une autre aux avantages de la désobéissance. Ta copie comparerait des comportements sans examiner l’obligation morale qui peut les justifier.

Tu peux plutôt demander Comment un refus d’obéir peut-il respecter un devoir envers les autres, alors que les règles communes protègent déjà leurs droits ? Cette formulation explique le problème, car elle montre deux obligations qui peuvent se contredire. L’obéissance protège les personnes grâce à des règles communes, tandis que certaines règles peuvent leur faire subir une injustice. Tu dois alors déterminer ce qui rend le refus moralement justifié.

Un plan qui fait progresser l’argument

1. Les règles communes peuvent fonder un devoir d’obéissance

Je te propose d’abord d’expliquer pourquoi chacun dépend de règles respectées par les autres. L’exemple du feu rouge montre comment une obligation protège les usagers. Rousseau permet ensuite de défendre l’obéissance à des lois communes légitimes. La difficulté apparaît lorsque la règle protège les intérêts d’un groupe en imposant une injustice à un autre.

2. Une obligation injuste peut rendre le refus moralement nécessaire

Tu examines alors la responsabilité de celui qui participe à l’injustice. Thoreau aide à montrer pourquoi l’ordre reçu laisse subsister cette responsabilité. Mais la personne qui refuse peut aussi se tromper sur le bien qu’elle défend. La transition vers la dernière partie demande donc comment distinguer un devoir justifié d’une conviction personnelle erronée.

3. Le refus doit se justifier devant ceux qu’il concerne

Tu étudies les raisons que la personne peut partager et les conséquences de son action. Le refus doit donc viser la correction d’une injustice et considérer les droits des autres. Par exemple, la démarche de King permet d’examiner une contestation publique qui cherche un changement commun. Tu peux conclure que le devoir exige parfois la désobéissance, sous des conditions qui engagent la responsabilité de celui qui refuse.

Chaque partie répond ainsi à une difficulté créée par l’argument précédent. La méthode de dissertation en philosophie explique comment développer un argument et utiliser l’exemple qui le soutient. Tu peux aussi travailler la transition entre deux parties pour rendre visible le problème qui reste à résoudre.

Exercice corrigé sur deux refus

Les deux situations suivantes sont inventées. Dans le premier cas, un club demande à ses membres de ranger le matériel après une activité. Un membre refuse parce qu’il veut rentrer avant les autres. En revanche, dans le second club, un responsable demande à un membre d’écarter une personne à cause de son origine. Le membre refuse, puis demande que les mêmes conditions d’inscription s’appliquent à chacun.

Pour chaque situation, tu peux rédiger quatre phrases. La première identifie la règle ou l’ordre refusé. La deuxième explique le motif du refus, car la même action peut être accomplie pour des raisons différentes. Tu donnes ensuite le principe qui pourrait justifier ce motif. La dernière examine ce que le refus change pour les autres.

La correction

Dans le premier club, la règle répartit une tâche entre les membres. Cependant, le refus permet à une personne d’économiser du temps, tandis que les autres doivent accomplir sa part. Le motif décrit relève donc de l’intérêt personnel. Pour présenter ce refus comme un devoir, il faudrait une raison supplémentaire qui concerne la justice de la tâche ou les conditions dans lesquelles elle est exigée.

Dans le second club, l’ordre impose une exclusion liée à l’origine. Le membre invoque l’égalité d’accès et demande son application à tous. Son refus peut donc être justifié par un devoir envers la personne exclue. L’argument porte sur une règle commune qu’il accepterait aussi pour lui-même. Il faut toutefois examiner la façon dont il agit et les effets de sa contestation.

Tu peux maintenant reprendre ta correction avec le diagnostic gratuit de méthode. Si tu hésites entre le motif d’une action et sa justification, retravaille les deux premières phrases de chaque réponse. Pour étudier des copies développées avec leur brouillon, le recueil de cinq dissertations corrigées permet de suivre la construction de l’argument jusqu’à la rédaction.

Questions fréquentes

Ce qu’il faut retenir avant de commencer

Peut-on désobéir par devoir ?

Oui, lorsqu’une obligation exige de participer à une injustice, le devoir moral peut justifier un refus. Mais tu dois établir cette injustice et expliquer pourquoi le refus protège les autres. La conscience personnelle demande donc un examen de ses raisons et des conséquences de l’action.

Quelle différence entre désobéir par intérêt et par devoir ?

Une personne désobéit par intérêt lorsqu’elle cherche un avantage personnel. Elle désobéit par devoir lorsqu’elle refuse une action qu’elle juge moralement mauvaise, même si son refus lui coûte. Une même conduite peut avoir plusieurs motifs, donc il faut examiner ce que la personne défend et la règle qu’elle accepterait pour les autres.

Comment utiliser Rousseau et Thoreau sur ce sujet ?

Rousseau permet de comprendre pourquoi des lois communes légitimes peuvent rendre les citoyens libres. Thoreau examine le refus de participer à une injustice soutenue par l’État. Tu peux donc confronter la raison d’obéir aux lois et la responsabilité de celui qui les applique, puis discuter les limites de chaque argument.

Le sujet convient-il aux deux voies du bac ?

Le devoir appartient aux notions de la voie générale. La justice et la liberté figurent aussi au programme technologique, donc les distinctions de cet article peuvent servir dans les deux voies. Les attentes de ta copie dépendent toutefois du sujet choisi et de l’exercice demandé.

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