Le travail et la nature
Le travail transforme-t-il seulement la nature ?
Le travail transforme la nature pour répondre à nos besoins, mais il modifie aussi celui qui travaille. Tu peux acquérir des capacités en fabriquant un objet et apprendre à organiser tes gestes. Cette transformation peut toutefois prendre une forme pénible lorsque l’activité épuise le travailleur et lui est imposée. Le sujet demande donc d’examiner les effets du travail sur la personne, en distinguant sa transformation et son épanouissement.
- Voie générale
- Candidat individuel
Comment comprendre le mot « seulement » dans le sujet ?
Le sujet « Le travail transforme-t-il seulement la nature ? » contient une première idée à examiner. Nous travaillons pour modifier ce qui nous entoure. Un cultivateur prépare le sol, et un menuisier assemble du bois. Le mot seulement demande ensuite si les effets du travail se limitent à cet objet extérieur. Tu dois donc chercher ce qui arrive à la personne pendant qu’elle produit quelque chose.
Le travail désigne ici une activité organisée pour produire un bien ou rendre un service qui répond à des besoins. Un emploi rémunéré est une forme de travail. Mais une personne peut aussi travailler à réparer son logement sans recevoir de salaire. Tu dois ainsi distinguer l’activité productive et sa forme sociale, comme le salariat. Le salaire désigne la rémunération d’un travail salarié.
La nature extérieure désigne dans cette discussion les matières et les processus sur lesquels nous intervenons. La pluie peut modifier un sol. Le cultivateur agit, lui, selon un but, par exemple rendre possible une culture. Cette différence permet de reconnaître une transformation due au travail. Tu peux ensuite examiner la nature de celui qui travaille, c’est-à-dire ses capacités corporelles et intellectuelles, et leur évolution au cours de l’activité.
Une difficulté apparaît alors. Le travail suppose déjà certaines capacités, puisque le menuisier doit savoir tenir ses outils. Pourtant, ces capacités peuvent se développer par l’exercice. Tu peux donc demander comment une activité qui utilise nos forces et notre pensée peut aussi les modifier. Une seconde difficulté concerne le sens de cette modification. Un travail peut apprendre quelque chose à une personne et lui imposer des conditions qui l’épuisent.
Le travail donne une forme utile à ce qui nous entoure
Tu reconnais d’abord le résultat extérieur du travail. Une matière reçoit une forme adaptée à un usage. Prenons une situation inventée. Une apprentie doit fabriquer une étagère pour ranger des livres. Les planches qu’elle reçoit sont trop longues, et leur simple empilement serait instable. Elle prévoit donc des découpes et un assemblage capables de supporter le poids des livres.
La matière impose des contraintes à son projet. En effet, une planche trop fine peut se courber sous la charge. L’apprentie doit alors modifier les dimensions ou ajouter un appui. Le résultat dépend de son intention et des propriétés du bois. Tu peux ainsi expliquer que le travail transforme une matière en tenant compte de ce qu’elle permet. Le projet doit pouvoir être réalisé avec les moyens disponibles.
Dans Le Capital, livre I, chapitre VII, première section de la traduction de Joseph Roy, Marx examine le travail utile avant d’étudier sa forme capitaliste. Il distingue l’activité du travailleur et l’objet sur lequel elle porte. De plus, il examine le moyen employé, comme un outil. Tu peux ainsi retrouver ces éléments dans l’étagère. L’apprentie réalise les découpes sur les planches au moyen d’une scie.
Marx définit le moyen de travail comme une chose placée entre le travailleur et ce qu’il transforme. La scie permet ainsi à l’apprentie de couper une planche qu’elle pourrait difficilement séparer avec ses mains seules. Les propriétés de la lame rendent cette découpe possible. L’outil exige aussi un apprentissage, car elle doit savoir le tenir et guider son mouvement. Tu distingues alors ce que l’instrument permet de faire et le savoir-faire acquis par la personne qui l’utilise.
Le bois qu’elle utilise a toutefois déjà été scié et transporté. Marx précise ainsi qu’une matière première a subi un travail antérieur. Tu comprends alors que la transformation de la nature peut passer par des produits déjà fabriqués. Le boulanger travaille une farine qui résulte du travail du meunier. Le résultat d’une activité devient donc le point de départ d’une autre.
Pourquoi Marx compare-t-il l’architecte et l’abeille ?
Le travail humain étudié par Marx comporte la représentation d’un résultat avant son exécution. Il compare ainsi l’architecte et l’abeille dans ce même chapitre. En effet, l’abeille accomplit des constructions dont l’habileté peut dépasser celle d’un architecte. La différence examinée concerne alors le projet que le travailleur se représente et qui règle son action. Tu dois donc expliquer cette anticipation pour comprendre la comparaison.
L’apprentie prévoit une étagère avant de disposer d’un meuble terminé. En effet, son dessin permet de comparer ce qu’elle veut obtenir et ce qu’elle a déjà construit. Si une pièce dépasse, elle peut constater un écart et reprendre sa découpe. Le but lui sert donc à juger le résultat pendant le travail. Tu vois ici comment la pensée intervient dans l’activité matérielle.
Cette représentation demande aussi un effort suivi. L’apprentie doit maintenir son attention jusqu’à l’assemblage, même lorsqu’une étape l’ennuie. Marx explique en effet que le but engage la volonté pendant toute l’activité. Tu peux donc relier le projet et la discipline de l’attention. Le travail exige de poursuivre un résultat qui reste encore à réaliser.
La comparaison porte sur la forme du travail humain que Marx étudie. Tu dois la situer dans son raisonnement, au lieu d’en déduire une affirmation générale sur toute l’intelligence animale. Son argument explique ici pourquoi le produit existe d’abord comme but conscient pour celui qui travaille. Il permet ensuite de comprendre que la production met en exercice des capacités intellectuelles.
Comment la fabrication transforme-t-elle celui qui travaille ?
La réalisation de l’étagère peut aussi modifier l’apprentie. Au début, elle appuie trop fort sur la scie et abîme une découpe. Un menuisier lui explique comment maintenir la planche et guider le mouvement. Elle essaie de nouveau, puis compare les résultats. Tu peux ainsi suivre la formation d’un savoir-faire, c’est-à-dire une capacité à réussir une action grâce à l’apprentissage et à l’exercice.
Elle apprend également à anticiper un problème. Après avoir constaté qu’une tablette se courbe, elle comprend pourquoi sa longueur et ses appuis comptent. Lors de la fabrication suivante, elle pourra intégrer cette contrainte avant l’assemblage. Son expérience modifie donc sa façon de prévoir. Elle saura désormais choisir un appui en tenant compte de la longueur de la tablette.
Marx affirme dès le début du chapitre VII que l’homme modifie sa propre nature en agissant sur la nature extérieure. Tu peux développer cette idée avec l’apprentissage que nous venons de décrire. Les capacités que l’apprentie possédait au départ lui permettent de travailler. Mais l’activité lui donne aussi l’occasion de les exercer et de les corriger. Le travail produit ainsi un objet et peut former la personne qui le réalise.
L’étagère terminée permet enfin à l’apprentie de vérifier certaines de ses capacités. Les livres restent en place, et les assemblages résistent à leur charge. Elle dispose donc d’un résultat à examiner pour juger ce qu’elle sait faire. Tu peux rapprocher cet exemple de la question de la connaissance de soi. Une capacité se connaît aussi par ce qu’une personne parvient à accomplir.
Pourquoi cette transformation peut-elle devenir pénible ?
Une activité répétée peut aussi fatiguer le corps et limiter les occasions d’apprendre. Tu dois donc distinguer transformation et amélioration. La première désigne un changement. La seconde suppose que tu juges ce changement bénéfique selon un critère, par exemple le développement des capacités de la personne. Une étagère solide peut avoir été fabriquée par une personne épuisée. Tu dois donc examiner aussi ce qui se passe pour elle pendant la fabrication.
Dans le premier manuscrit des Manuscrits de 1844, section « Le travail aliéné », Marx étudie le rapport de l’ouvrier à son produit et à sa propre activité. Le mot aliénation désigne ici une dépossession. En effet, ce que l’ouvrier produit appartient à un autre, et il éprouve son activité comme une contrainte dans laquelle il peine à se reconnaître. Tu dois donc considérer ce qu’il peut décider dans son travail et le rapport qu’il entretient avec ce qu’il fait.
Marx précise aussi que le travail aliéné fait souffrir le corps et appauvrit l’activité intellectuelle de l’ouvrier. L’activité devient alors un moyen de satisfaire des besoins en dehors du travail, par exemple obtenir un salaire pour se nourrir et se loger. Tu peux donc expliquer ce qui a changé pour le travailleur. Ses forces sont utilisées dans une activité qu’il subit, et il recherche ailleurs la possibilité d’agir pour lui-même. La transformation peut ainsi limiter le développement de ses capacités.
Toutefois, la vente d’un objet fabriqué signifie qu’il change de propriétaire. Un artisan peut vendre sa production et se reconnaître dans son activité. Marx examine aussi la contrainte dans la production elle-même et la dépendance du travailleur envers celui pour qui il produit.
Prenons une autre situation inventée pour préciser cette difficulté. Dans un atelier, une personne doit répéter la même découpe à une cadence imposée. Elle sait réaliser ce geste, mais elle participe peu aux choix de fabrication. Elle peut conserver une habileté déjà acquise tout en occupant un poste qui lui donne peu d’occasions de développer ses capacités. Si la cadence l’épuise et lui laisse peu d’occasions de comprendre l’ensemble, sa capacité à produire peut coexister avec une limitation de son autonomie. Tu peux alors décrire ces deux effets sans supposer que l’un efface l’autre.
Marx critique une organisation où le travailleur se trouve dépossédé de son activité. Tu dois toutefois distinguer cette critique et la seule répétition d’un geste. Un musicien répète aussi pour apprendre, et une apprentie peut accepter une consigne qui l’aide à progresser. Tu examines donc si la personne peut comprendre la fabrication et proposer une modification. Tu regardes aussi si elle peut discuter la cadence qui lui est imposée. Le rapport entre technique et organisation du travail permet d’approfondir ce problème.
Comment construire un plan qui répond au sujet ?
Au brouillon, tu peux partir de l’étagère terminée. Elle semble montrer que le travail transforme d’abord une matière pour satisfaire un besoin. Mais l’apprentie acquiert aussi des capacités pendant sa fabrication. La problématique peut alors être formulée ainsi. Comment une activité dirigée vers un résultat extérieur modifie-t-elle aussi celui qui l’accomplit, et à quelles conditions cette modification développe-t-elle ses capacités ?
Le plan proposé ici suit deux difficultés successives. Tu commences par établir la transformation extérieure. Tu dois ensuite expliquer la formation de la personne. Enfin, tu examines pourquoi cette formation peut être limitée par les conditions du travail. Cette progression applique la méthode de dissertation à ce sujet. Elle constitue une proposition pédagogique, avec des parties déterminées par les problèmes rencontrés.
1. Le travail transforme la nature en fonction de besoins humains
Tu expliques comment un projet dirige l’activité et comment la matière impose ses contraintes. L’étagère permet de justifier cette réponse avec les découpes nécessaires à son usage. Le résultat extérieur rend ainsi visible la transformation produite par le travail.
Mais cette description laisse à expliquer la différence entre l’apprentie avant la fabrication et après son apprentissage. Elle a modifié ses gestes pour réussir l’objet. La transformation de la matière peut-elle alors être séparée de celle des capacités qui permettent de la travailler ? Cette difficulté justifie le passage à la deuxième partie.
2. Le travail transforme aussi les capacités de la personne
Tu montres comment les essais et leurs corrections développent le savoir-faire. La référence au chapitre VII du Capital explique pourquoi la personne met en exercice ses capacités en poursuivant un but. L’activité peut donc modifier son rapport à ce qu’elle sait faire.
Le travail peut ainsi former une personne. Mais la réussite du produit prouve encore peu de choses sur ses conditions de fabrication. Une personne peut produire davantage tout en étant épuisée. Comment juger alors le sens de sa transformation ? Tu dois examiner les conditions qui permettent au travailleur de développer ses capacités.
3. Les conditions du travail déterminent le sens de cette transformation
Tu distingues la formation d’un savoir-faire et la possibilité de décider de son activité. L’analyse du travail aliéné permet d’expliquer pourquoi ces deux effets peuvent se séparer. Tu peux alors conclure que les effets du travail concernent la nature et le travailleur. Son épanouissement dépend toutefois de l’organisation de l’activité et des possibilités qu’elle lui donne. Le travail transforme ainsi la matière et la personne, tandis que ses conditions peuvent développer ou épuiser les capacités du travailleur.
Une erreur à corriger dans ton raisonnement
La phrase inventée « Le travail transforme l’homme, donc il le rend toujours libre » passe d’un changement à un bénéfice garanti. Le mot donc affirme un lien qui demande justement une preuve. Tu peux corriger cette phrase en expliquant ce que l’activité permet d’apprendre, puis en examinant ce que le travailleur peut choisir. Un savoir-faire accru peut coexister avec une activité imposée. Cette distinction évite de traiter tout travail comme une libération automatique.
Un exercice corrigé pour développer ton argument
Dans cette situation inventée, une apprentie fabrique deux étagères en suivant d’abord les indications du menuisier pour la première. Elle doit ensuite proposer elle-même un appui capable de réduire la courbure d’une tablette pour la seconde. Tu dois rédiger un paragraphe qui explique deux transformations distinctes, puis indiquer une limite à la conclusion selon laquelle le travail rend libre.
Correction possible
Les planches sont découpées et assemblées pour supporter des livres. Le travail modifie donc la matière en fonction d’un usage. Mais l’apprentie modifie aussi sa manière de procéder. En effet, elle utilise le problème rencontré sur la première étagère pour prévoir un appui sur la seconde. L’expérience développe ainsi sa capacité à résoudre une difficulté. On peut donc affirmer que le travail transforme ici l’objet et la personne. Mais il faut encore savoir si elle peut choisir sa manière de travailler et discuter une cadence qui l’épuiserait.
Tu peux contrôler ton paragraphe en vérifiant ce qui justifie chaque conclusion. La modification des planches établit la transformation extérieure. Le réemploi de l’expérience permet ensuite d’expliquer l’apprentissage. La dernière phrase distingue enfin cet apprentissage et le pouvoir de décider. Tu peux poursuivre avec le diagnostic gratuit de méthode pour repérer les étapes qui manquent encore dans tes arguments.
Les sources et la place du travail dans le programme
Le travail et la nature font partie des dix-sept notions de terminale générale dans les programmes actuellement présentés par Éduscol. En revanche, le travail est absent comme notion autonome du programme technologique. Tu peux donc utiliser les distinctions étudiées ici pour préparer un sujet de la voie générale. Le sujet et les situations d’entraînement sont des propositions pédagogiques de Julien.
- Marx, Le Capital, livre I, chapitre VII, première section, traduction de Joseph Roy. Marx commence par la transformation du travailleur lui-même, puis explique le rôle du projet et les éléments du travail.
- Marx, Manuscrits de 1844, premier manuscrit, « Le travail aliéné ». Le passage qui commence par « Or, en quoi consiste l’aliénation du travail ? » examine le rapport de l’ouvrier à sa propre activité.
Si tu veux ensuite reprendre la notion dans un support de révision, tu peux consulter la fiche sur le travail. Tu pourras refaire l’exercice en expliquant toi-même ce que l’apprentie apprend au cours de sa fabrication.
Questions fréquentes
Ce qu’il faut retenir avant de commencer
Que signifie transformer la nature par le travail ?
Tu donnes à une matière une forme qui répond à un besoin. Par exemple, une planche peut devenir une étagère grâce à des découpes et à un assemblage. Mais tu travailles souvent une matière déjà transformée par d’autres personnes. La planche a elle-même été produite à partir du bois. Le travail prend donc place dans une histoire de transformations.
Pourquoi Marx compare-t-il l’architecte et l’abeille ?
Dans Le Capital, livre I, chapitre VII de la traduction de Joseph Roy, Marx explique que le travail humain suppose un résultat représenté avant sa réalisation. En effet, l’architecte peut concevoir ce qu’il va construire et régler ses actions sur ce but. Tu dois donc expliquer le rôle du projet. La comparaison reconnaît aussi l’habileté de l’abeille, et elle reste une analyse philosophique du travail humain.
Le travail transforme-t-il toujours l’homme de manière positive ?
Une transformation peut développer tes capacités ou les limiter. Dans les Manuscrits de 1844, Marx analyse en effet le travail aliéné, où le travailleur éprouve son activité comme quelque chose d’étranger et de contraint. Tu dois donc examiner les conditions de travail pour juger ses effets. Une production plus importante peut coexister avec l’épuisement du travailleur.
Le travail est-il une notion du programme technologique ?
Le travail figure parmi les dix-sept notions de terminale générale. La voie technologique comporte sept notions, dont la nature et la technique, et le travail en est absent comme notion autonome. Tu peux rencontrer un texte qui en parle, mais tu dois organiser tes révisions à partir du programme propre à ta voie.