La religion et la vérité

Croire et savoir en philosophie, comment examiner la foi ?

Tu crois une proposition lorsque tu la tiens pour vraie. Tu sais lorsqu’elle est vraie et que tu disposes de raisons suffisantes pour la justifier. La force de ta conviction peut donc dépasser la force de tes preuves. Dans le cas de la foi religieuse, il faut également examiner la confiance du croyant et le sens qu’il donne à son engagement.

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Ta certitude et les preuves demandent deux examens différents

Prenons une situation inventée. Tu cherches l’heure d’ouverture d’une bibliothèque. Un ami te dit qu’elle ouvre à neuf heures et tu lui fais confiance, parce qu’il s’y rend souvent. Tu tiens donc cette information pour vraie. Pourtant, ton ami peut avoir retenu l’horaire de la veille, alors que la bibliothèque ouvre plus tard aujourd’hui.

Tu consultes ensuite l’annonce officielle datée du jour. Elle indique une ouverture à dix heures. Tu disposes alors d’une raison de corriger ton premier jugement. La confiance accordée à ton ami expliquait pourquoi tu croyais l’information. L’annonce apporte une justification différente, qui porte sur l’horaire effectivement prévu.

Une personne peut donc être certaine et se tromper. Sa certitude subjective désigne ici la force avec laquelle elle adhère à son jugement. La justification objective concerne les raisons qui permettent d’établir la proposition en examinant ce dont elle parle. Tu peux transmettre ces raisons à quelqu’un pour qu’il les contrôle. Un nombre élevé de personnes convaincues peut toutefois partager la même erreur.

Une croyance vraie peut encore manquer de justification

Le cas d’une opinion partagée par tout un groupe permet aussi d’examiner cette distinction. Plusieurs personnes peuvent accepter la même information parce qu’elles l’ont trouvée dans une source commune qui contient une erreur.

Le verbe croire possède plusieurs usages. Au sens large, tu crois une proposition lorsque tu la tiens pour vraie. Le savoir comprend donc lui aussi cette adhésion. Mais dans l’expression courante je crois qu’elle ouvre à neuf heures, le mot peut signaler une réserve. Tu admets l’information tout en reconnaissant que tu pourrais te tromper.

Tu dois donc préciser le sens retenu dans ta copie. Si tu opposes croire et savoir, tu examines généralement la différence entre une adhésion dont la justification reste insuffisante et une connaissance justifiée. Une croyance peut alors être vraie. Par exemple, ton ami aurait pu annoncer le bon horaire, même en se fiant à un souvenir incertain.

Un exercice de calcul montre aussi cette différence. Dans une situation inventée, une élève doit calculer huit fois cinq, puis ajouter deux. Elle choisit au hasard la réponse 42 et obtient le résultat attendu. Une autre élève explique que huit fois cinq donne quarante, puis que l’ajout de deux conduit à quarante-deux. La seconde peut donc justifier sa réponse et refaire le calcul lorsque les données changent.

Le savoir demande que la proposition soit vraie et que sa justification soit suffisante. La première élève a trouvé le résultat, mais elle devrait encore expliquer son calcul pour montrer qu’elle l’a compris. Les philosophes discutent les conditions exactes de la connaissance. Tu peux donc commencer l’examen au bac par la différence entre une réponse vraie par hasard et une réponse dont tu peux donner les raisons.

Kant distingue l’opinion, la foi et le savoir

Kant examine ces manières de tenir quelque chose pour vrai dans la Critique de la raison pure, au chapitre du Canon de la raison pure, troisième section. Son examen porte sur la suffisance des raisons. Une raison peut paraître suffisante à celui qui juge, tout en restant insuffisante pour établir une connaissance valable pour chacun.

Avec une opinion, tu reconnais l’insuffisance des raisons du point de vue subjectif et objectif. Par exemple, tu peux penser que la bibliothèque ouvre à neuf heures tout en admettant ton incertitude. La foi paraît subjectivement suffisante à celui qui y adhère. Elle reste cependant tenue pour objectivement insuffisante. Le savoir réunit les deux suffisances. Tu peux vérifier ces distinctions dans la traduction de Jules Barni, tome II, page 381.

Le terme subjectif désigne donc ici les raisons considérées du point de vue de celui qui juge. Objectif concerne leur capacité à établir le jugement au-delà de cette adhésion individuelle. Une personne peut cependant vivre sa foi avec certitude tout en reconnaissant qu’elle possède un statut différent d’un savoir démontré. La différence entre croire et savoir porte alors sur la justification, même lorsque le croyant hésite peu.

Kant précise également la différence entre conviction et persuasion dans les pages qui ouvrent cette section. La persuasion peut venir de causes propres à la personne, qu’elle prend pour des raisons objectives. Par exemple, un désir de croire une nouvelle rassurante peut expliquer son adhésion. Il faut donc examiner si les raisons portent sur la chose jugée ou seulement sur ce que la personne souhaite.

Un croyant peut donc affirmer sa foi avec assurance tout en reconnaissant qu’il possède des raisons différentes de celles d’un savoir. Tu dois alors préciser ce que son témoignage établit. S’il dit que sa foi le rassure, il décrit son expérience. S’il affirme ensuite que Dieu existe, il avance une proposition dont la vérité demande un autre examen. Le dossier sur Kant t’aide à replacer cette distinction parmi ses autres questions philosophiques.

La foi engage une confiance que Pascal distingue de la preuve

L’expression croire que porte sur une proposition, par exemple l’affirmation que Dieu existe. L’expression croire en peut ajouter une confiance et un engagement. Un croyant peut organiser sa conduite en fonction de cette confiance. Dans une dissertation sur la religion, tu dois donc préciser si tu examines la vérité d’une proposition ou la manière dont la foi oriente une vie.

Pascal étudie cette difficulté dans les Pensées, qui développent une défense de la religion chrétienne. Au fragment 278 de l’édition Brunschvicg, il écrit C’est le cœur qui sent Dieu, et non la raison. Les fragments 248 et 279 distinguent également la foi et la preuve. Pascal attribue donc la foi à un don de Dieu. Tu peux lire ces passages dans la section IV de cette édition.

Le cœur possède ici un sens qui dépasse l’émotion passagère. Au fragment 282, Pascal lui attribue la connaissance immédiate de premiers principes, sur lesquels le raisonnement s’appuie ensuite. Il prend notamment l’exemple des nombres que l’on peut poursuivre à l’infini. Quel que soit le nombre retenu, tu peux en ajouter un et continuer. Pascal distingue ainsi la saisie immédiate de ces principes et les propositions que la raison démontre à partir d’eux.

La thèse religieuse de Pascal demande de conserver cette différence entre preuve et foi. Pascal affirme que Dieu donne la foi au cœur du croyant. Une conviction quelconque ne devient pas vraie parce qu’elle est ressentie avec force. Tu peux ainsi utiliser Pascal pour montrer que la foi chrétienne est pensée autrement qu’un calcul ou une opinion hésitante. Au fragment 248, Pascal explique qu’une preuve peut préparer cette adhésion. La foi chrétienne dépend cependant du don de Dieu.

Pascal et Kant posent des questions proches avec des réponses différentes. Kant classe les manières de tenir pour vrai selon la suffisance des raisons. Pascal défend cependant un rapport à Dieu qui dépend du cœur et de la grâce, c’est-à-dire du don de Dieu. Leur comparaison exige donc que tu expliques chaque raisonnement avant de le rapporter à ton sujet.

Un défaut de preuve laisse une question ouverte

Une erreur consiste à conclure qu’une proposition est fausse parce que sa vérité reste à prouver. Dans une autre situation inventée, un emprunteur affirme avoir rendu son livre à la bibliothèque, mais le reçu manque et personne n’a encore vérifié le registre. Cette absence de preuve laisse l’affirmation à contrôler. Le livre peut avoir été rendu ou être encore chez l’emprunteur.

Il existe aussi des cas où l’absence d’un indice compte dans le raisonnement. Par exemple, si un livre devait apparaître dans un registre complet et vérifié à chaque retour, son absence du registre donnerait une raison de douter du retour annoncé. Tu dois donc expliquer pourquoi la preuve attendue aurait dû être présente. Le défaut d’une preuve quelconque ne suffit pas à trancher toutes les questions.

Cette prudence vaut pour une croyance religieuse. L’absence de démonstration d’une proposition laisse donc sa vérité à examiner. Elle laisse également la proposition contraire à justifier. Dans ta copie, tu peux exposer les arguments qui soutiennent une position et les objections qui la limitent. Le cours gratuit de logique te permet de vérifier si ta conclusion découle des raisons avancées.

Une croyance religieuse peut également comporter des affirmations qui portent sur des faits observables. Ces affirmations demandent alors un contrôle des témoignages ou des observations concernés. Une question sur le sens d’une existence réclame un autre travail d’argumentation. Tu dois donc identifier ce que tu examines au lieu d’attribuer d’avance le même statut à toutes les affirmations religieuses.

Tu peux construire un problème à partir d’une croyance

Je te propose par exemple le sujet Ne croit-on que parce qu’on ignore ?. Le mot que demande si l’ignorance constitue la seule raison de croire. Une première réponse peut donc partir d’un savoir manquant. Quand tu ignores l’horaire de la bibliothèque, tu admets l’information de ton ami avant d’avoir pu la vérifier.

Mais l’ignorance peut aussi conduire à suspendre ton jugement. Tu peux reconnaître que tu ignores l’horaire et attendre une vérification, sans choisir entre neuf heures et dix heures. L’ignorance seule explique donc insuffisamment pourquoi tu adhères à une proposition. Dans notre exemple, la confiance accordée à ton ami intervient également.

Tu peux alors formuler cette difficulté dans ta problématique. Comment expliquer l’adhésion à une croyance, alors que le manque de savoir peut aussi nous conduire à suspendre notre jugement ? Le problème naît de deux réactions possibles à une même ignorance. La méthode de dissertation explique comment développer cette difficulté à partir des mots du sujet.

Une progression possible commence par examiner les croyances qui répondent à un savoir manquant. Tu étudies ensuite les raisons de l’adhésion. En effet, l’ignorance permet l’attente ou le doute. Le cas de la foi oblige enfin à expliquer un engagement qui peut persister même lorsque le croyant reconnaît les limites de sa preuve. L’argument de Kant permet de distinguer l’opinion et la foi, tandis que Pascal aide à examiner le sens de cette foi dans le christianisme.

La confiance accordée à ton ami explique pourquoi tu admets l’horaire annoncé. L’examen de la foi demande ensuite de comprendre pourquoi une personne maintient son adhésion même après avoir reconnu les limites de ses preuves. Tu passes ainsi d’une croyance dans l’attente d’une vérification à un engagement dont il faut examiner les raisons. Le guide sur l’usage des références dans une copie t’aide à expliquer ce que l’argument de chaque auteur apporte à cette difficulté.

Un exercice pour séparer les deux affirmations

Dans cette situation inventée, une élève affirme Ma foi me donne la certitude que Dieu existe. Un camarade répond Tu ne peux pas me le démontrer, donc Dieu n’existe pas. Tu dois expliquer ce que la première phrase établit au sujet de l’élève, puis examiner si la conclusion du camarade découle de sa raison. Tu peux ensuite préciser ce que Kant permet de distinguer.

La correction expliquée

La première phrase exprime la certitude de l’élève. Elle indique la manière dont l’élève vit sa foi, mais elle laisse la justification objective de l’existence de Dieu à examiner. Avec le vocabulaire de Kant, tu peux distinguer une adhésion subjectivement suffisante et une preuve qui établirait le jugement pour chacun.

Le camarade affirme que l’élève ne peut pas lui démontrer l’existence de Dieu. Il conclut pourtant à l’inexistence de Dieu. Sa conclusion demande donc un argument supplémentaire. Il devrait montrer pourquoi cette absence de démonstration implique l’inexistence, ce que sa phrase n’établit pas.

Tu peux donc conclure que les deux phrases doivent être justifiées si elles prétendent établir l’existence ou l’inexistence de Dieu. L’exercice permet de séparer le témoignage d’une certitude et la preuve d’une proposition. Tu peux reprendre ce geste dans le diagnostic gratuit de méthode. Le recueil de cinq dissertations corrigées te permet ensuite de suivre le développement d’arguments dans des copies complètes.

Le repère croire et savoir fait partie des deux programmes

Le couple croire/savoir figure dans la liste de repères des programmes de 2019, en voie générale comme en voie technologique. La religion et la vérité figurent également parmi les notions des deux voies. Les programmes en vigueur sont accessibles depuis la page officielle d’Éduscol.

Les programmes demandent d’utiliser les repères pour soutenir une réflexion sur un problème. Les exemples et la progression proposés dans cet article constituent des conseils pédagogiques. Tu peux les adapter au sujet en expliquant toujours quelles raisons justifient ton jugement et ce qu’elles permettent de conclure.

Questions fréquentes

Ce qu’il faut retenir avant de commencer

Quelle différence entre croire et savoir en philosophie ?

Une personne croit une proposition lorsqu’elle la tient pour vraie. Le savoir demande aussi que cette proposition soit vraie et que la personne puisse la justifier par des raisons suffisantes. La distinction concerne donc la justification du jugement. Une conviction forte peut s’appuyer sur des raisons faibles, tandis qu’une personne peut hésiter devant une démonstration pourtant valable.

Une croyance peut-elle être vraie ?

Oui. Tu peux croire une information exacte sans disposer des raisons qui permettraient de la vérifier. Une réponse choisie au hasard peut également être juste. Il faut donc distinguer la vérité de la proposition et la manière dont tu y arrives. Une croyance vraie par hasard reste différente d’un savoir justifié.

La foi religieuse est-elle une opinion incertaine ?

La foi peut être vécue comme une conviction ferme et un engagement. Kant distingue justement l’opinion, où la personne reconnaît l’insuffisance de ses raisons, et la foi, qui lui paraît subjectivement suffisante tout en restant objectivement insuffisante. Pascal explique également la foi chrétienne par le cœur et par un don de Dieu. Ces analyses demandent donc d’examiner la nature de l’adhésion du croyant.

Croire et savoir est-il un repère officiel du bac ?

Oui. Le couple croire/savoir figure dans les listes de repères des programmes de philosophie de 2019 des voies générale et technologique. Tu l’utilises pour examiner un problème, par exemple la différence entre la certitude d’un croyant et les raisons qu’il peut communiquer. Le repère doit ainsi soutenir ton raisonnement dans la copie.

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