La vérité et l’opinion

Une opinion partagée est-elle forcément vraie ?

Une opinion peut être partagée par beaucoup de personnes et rester fausse. Le nombre indique combien de personnes l’acceptent. Sa vérité demande d’examiner ce qu’elle affirme et les raisons de l’admettre. Mais l’accord de personnes compétentes peut aussi nous aider à connaître. Il faut donc comprendre comment cet accord s’est formé et quels contrôles le justifient.

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Le nombre de personnes convaincues et la vérité sont deux questions différentes

Prenons une situation inventée. Dans le groupe de ta classe, vingt élèves affirment que la sortie scolaire aura lieu vendredi. Ils ont tous vu une capture d’écran du message envoyé par le professeur. Tu peux alors te dire que cette information est sûre, puisque tout le monde donne la même date.

Mais la capture date de la semaine précédente. Depuis, le professeur a annoncé le report de la sortie au lundi. Les vingt élèves reprennent donc une information devenue inexacte. Leur accord s’explique par la circulation d’un même document. Pour connaître la date actuelle, tu dois retrouver l’annonce la plus récente et vérifier qu’elle concerne bien votre sortie.

La proposition le professeur annonce actuellement la sortie pour vendredi affirme quelque chose au sujet de son annonce. Elle est vraie si l’annonce actuelle donne effectivement cette date. Le mot vérité désigne ici l’accord entre un jugement et ce dont il parle. Mais le nombre de personnes qui approuvent ce jugement décrit leur adhésion. Il faut aussi distinguer une date annoncée et l’événement à venir, car une sortie prévue peut encore être annulée.

Une opinion est ici un jugement que l’on accepte alors que ses raisons restent insuffisamment examinées. Elle peut correspondre aux faits. Par exemple, un élève peut deviner la bonne date avant de lire l’annonce. Sa réponse sera exacte, mais il lui manquera encore la justification qui permettrait de comprendre pourquoi elle est exacte. Le guide sur croire et savoir développe cette différence dans le cas de la foi religieuse.

Une information répétée peut venir d’une seule source

Quand vingt camarades partagent la même capture, tu reçois vingt messages. Pourtant, ces messages dépendent du même document initial. Si ce document est ancien, chacun reproduit la même erreur. Tu dois donc examiner l’origine des informations avant de prendre leur répétition pour une confirmation.

La situation change si plusieurs personnes ont obtenu séparément des éléments qui se confirment. Par exemple, une élève consulte l’annonce actuelle sur l’espace numérique du lycée. Un autre demande au professeur la date retenue. Leur accord apporte alors davantage de raisons de croire à la sortie du lundi, car leurs vérifications portent sur l’information actuelle par deux voies différentes.

Leur témoignage reste à examiner. En effet, le professeur peut avoir modifié la date après leur échange, ou l’annonce peut concerner une autre classe. L’accord devient plus fiable grâce à ce que chacun a vérifié. Devant une information très partagée, tu cherches donc si plusieurs personnes ont contrôlé les faits ou si elles ont simplement repris la même affirmation.

Le conformisme désigne le fait d’adopter l’avis du groupe parce que cet avis y est admis. Un élève peut penser que la capture est ancienne et approuver quand même ses camarades, par peur de paraître mal informé. Son approbation donne alors aux autres une raison supplémentaire de se croire certains, alors qu’il hésite lui-même. Si plusieurs élèves réagissent ainsi, chacun peut croire les autres mieux informés qu’ils le sont.

Descartes demande d’examiner les raisons d’une opinion

Dans la deuxième partie du Discours de la méthode, publié en 1637, Descartes revient sur les opinions reçues au cours de son éducation. Des hommes instruits ont soutenu des idées différentes. Les coutumes varient aussi selon les pays. Une opinion peut donc nous sembler évidente parce que nous avons grandi auprès de personnes qui l’acceptent.

Descartes refuse alors de choisir ses convictions en comptant les voix. Pour les vérités difficiles, il juge même plus vraisemblable qu’une personne ait rencontré la vérité qu’un peuple entier. Le passage est accessible dans la deuxième partie, dans l’édition de Victor Cousin, au paragraphe qui contient Mais ayant appris dès le collége.

Pour notre sujet, cet argument permet d’écarter l’idée qu’un accord très large garantit la vérité. Une personne isolée peut aussi se tromper, donc tu dois appliquer la même exigence à son jugement. Si un camarade conteste la date du vendredi, son désaccord mérite que tu écoutes ses raisons. Il doit par exemple montrer l’annonce qui corrige cette date.

Descartes propose ensuite quatre préceptes pour conduire son examen. Le premier lui demande de retenir seulement ce qu’il reconnaît avec évidence, en évitant de juger trop vite et de céder aux préjugés. Il recherche ainsi une idée claire et distincte, dont il puisse reconnaître la vérité sans occasion de doute. Les suivants organisent l’analyse des difficultés et l’ordre du raisonnement, puis demandent des vérifications complètes. Son refus de suivre le nombre s’accompagne donc d’une méthode pour chercher la vérité.

Tu peux donc reprendre cet argument dans une dissertation. L’habitude d’entendre une affirmation explique pourquoi elle nous paraît familière. Mais sa justification demande encore un examen. Le guide sur le Discours de la méthode explique les quatre préceptes et leur usage dans une copie.

L’accord des spécialistes peut donner des raisons de faire confiance

Nous apprenons pourtant beaucoup de choses grâce aux autres. Tu utilises une carte pour retrouver un lieu que tu connais mal. De même, tu peux accepter le résultat d’un calcul effectué par ton professeur avant de réussir à le refaire. Une connaissance transmise peut donc être justifiée, à condition d’examiner pourquoi la source mérite ta confiance sur cette question.

L’expertise désigne une compétence acquise dans un domaine. Par exemple, un professeur de mathématiques peut expliquer une démonstration et contrôler ses étapes. Cette compétence concerne donc les mathématiques. Si le même professeur donne la date d’une sortie sans avoir lu l’annonce, son métier apporte peu de raisons supplémentaires de le croire sur cet événement.

Un consensus est un accord largement établi dans un groupe. Lorsqu’il réunit des spécialistes, sa fiabilité dépend notamment de leur travail. Il faut savoir si les résultats ont été vérifiés et si les objections ont été examinées.

Dans une situation inventée, plusieurs équipes étudient la germination de graines. Chacune compare des graines arrosées et des graines privées d’eau, dans des conditions par ailleurs comparables. Si leurs résultats concordent, leur accord repose sur des observations qu’elles ont effectuées séparément. Un chercheur peut ensuite demander si la température était aussi la même. Cette objection oblige donc à contrôler une autre cause possible de la différence constatée. Leur accord devient mieux justifié lorsque ces vérifications confirment le rôle de l’eau dans les conditions étudiées.

Tu peux donc accorder une confiance raisonnée à cet accord tout en admettant qu’une correction reste possible. Le degré de confiance dépend de la solidité des raisons disponibles. Le dossier sur la preuve d’une théorie scientifique explique pourquoi des résultats expérimentaux solides peuvent encore être révisés.

Mill montre pourquoi les objections aident à comprendre une vérité

John Stuart Mill examine la liberté de pensée et de discussion au chapitre II de De la liberté, publié en 1859. Il part de notre possibilité de nous tromper. Si nous empêchons une opinion de se faire entendre parce que nous la jugeons fausse, nous risquons d’écarter une idée vraie. La majorité peut donc elle aussi commettre cette erreur.

Mais Mill considère également le cas où l’opinion admise est vraie. Une personne peut répéter une conclusion exacte sans comprendre les raisons qui la justifient. La discussion l’oblige alors à répondre aux objections. Elle apprend pourquoi elle accepte cette conclusion et ce qui permet de la défendre. Tu peux lire cette argumentation dans le chapitre II de la traduction de Charles Brook Dupont-White, parue en 1860.

Prenons un autre exemple inventé. Un musée est ouvert dimanche. Une élève le sait grâce aux horaires affichés sur son site, mais un camarade lui oppose un avis de fermeture pour travaux. Elle doit alors lire cet avis pour répondre à son objection. Elle découvre que les travaux concernent une seule salle et que le reste du musée reste accessible.

L’affirmation sur l’ouverture était vraie avant cet échange. L’objection a cependant obligé l’élève à vérifier ce que les horaires permettaient de conclure malgré les travaux. Elle peut maintenant répondre à son camarade que l’avis annonce la fermeture d’une seule salle. Chez Mill, l’examen des raisons adverses aide ainsi à comprendre une vérité et à répondre à ceux qui la contestent. Il distingue ce travail du cas des mathématiques, où l’apprentissage d’une démonstration peut suffire à comprendre une proposition.

Chez Mill, une confiance justifiée suppose donc que la contestation reste possible. Une discussion demande cependant que les objections soient examinées. Le simple fait de parler ensemble peut aussi conduire chacun à répéter son avis. Tu dois donc regarder ce que les participants font de la critique. S’ils expliquent leurs raisons et corrigent les erreurs repérées, leur échange peut améliorer la justification d’un jugement.

Un vote décide d’une action commune

Une majorité peut également servir à prendre une décision. Dans une situation inventée, une classe vote pour choisir entre une visite de musée et une sortie au théâtre. Le résultat détermine l’activité retenue selon la règle acceptée. Le vote permet ainsi d’organiser une action commune malgré la diversité des préférences.

La question de savoir si le théâtre a fermé lundi demande une autre vérification. Même si tous les élèves votent pour répondre qu’il était ouvert, les horaires et les faits restent à établir. Il faut donc distinguer la règle qui permet de choisir ensemble et les raisons qui permettent de connaître un fait.

Cette distinction évite aussi de réduire toute préférence à une erreur ou à une vérité scientifique. Par exemple, un élève peut préférer le théâtre et donner des raisons liées à ce qu’il aime. Le problème de notre sujet concerne les opinions qui prétendent dire ce qui est vrai. Tu précises donc ce que les personnes affirment avant d’évaluer leur accord.

Le problème de dissertation naît de la confiance accordée aux autres

Dans le sujet Une opinion partagée est-elle forcément vraie ?, le mot forcément demande si l’accord garantit la vérité. Un seul cas où plusieurs personnes partagent une erreur suffit à écarter cette garantie. Mais le sujet permet aussi d’examiner ce que cet accord nous apprend et les conditions dans lesquelles il mérite notre confiance.

Nous pouvons donc partager une erreur. Pourtant, nous dépendons du savoir des autres pour apprendre. Tu peux formuler le problème ainsi. À quelles conditions l’accord des autres peut-il nous donner des raisons de croire une affirmation, alors qu’un groupe entier peut se tromper ? Cette problématique reprend la difficulté rencontrée dans les exemples. La méthode de dissertation explique comment construire cette tension au brouillon.

Une progression possible examine d’abord la confiance que permet l’accord de plusieurs témoignages. Plusieurs personnes peuvent confirmer une information grâce à leurs propres vérifications. Mais leur accord peut aussi venir d’une source commune erronée. Il faut alors examiner la manière dont leurs jugements se sont formés, comme le demande l’argument de Descartes.

Cette critique laisse une difficulté à résoudre. En effet, si chacun devait tout vérifier seul, une grande partie de nos connaissances deviendrait inaccessible. La réflexion peut donc aboutir aux conditions d’une confiance justifiée. La compétence des personnes et l’examen des objections permettent de comprendre pourquoi certains accords sont mieux fondés que d’autres. Mill aide ici à expliquer le rôle de la discussion.

Un exercice corrigé pour examiner un accord

Dans cette situation inventée, vingt élèves annoncent une sortie vendredi à partir de la même capture ancienne. Une élève répond qu’elle aura lieu lundi, car elle vient de lire l’annonce actuelle du professeur. Un camarade affirme que vingt personnes ont forcément raison contre une seule.

Tu peux écrire un paragraphe qui explique l’erreur du camarade. Tu montreras ensuite pourquoi l’annonce actuelle justifie davantage la date du lundi. Enfin, tu préciseras ce qu’il faudrait encore vérifier si deux annonces récentes donnaient des dates différentes.

La correction expliquée

Le camarade juge la date exacte parce que vingt personnes la donnent. Or les vingt réponses dépendent de la même capture ancienne. Elles reproduisent donc une seule information, alors que le professeur a modifié la date de la sortie depuis. Leur accord établit que le message a circulé dans le groupe. Tu dois encore vérifier la date actuellement annoncée.

L’élève isolée apporte une raison supplémentaire en renvoyant à une annonce récente du professeur. Tu peux ensuite retrouver cette annonce et contrôler sa date ainsi que la classe concernée. La confiance accordée à sa réponse dépend donc de ce document vérifiable. Si une autre annonce récente le contredit, il faut comparer leurs dates et demander au professeur quelle information reste applicable.

Le jugement doit ainsi suivre la meilleure justification disponible. Mais l’élève pourrait se tromper en lisant l’annonce, et la vérification permettrait aussi de corriger son erreur. Tu peux poursuivre gratuitement cet entraînement avec le diagnostic de méthode. Pour reprendre les distinctions et les références de la notion, la carte mentale sur la vérité présente le cours au format PDF.

La vérité figure dans les deux programmes de terminale

La vérité appartient aux notions des programmes de philosophie des voies générale et technologique de 2019, toujours présentés comme programmes en vigueur sur la page officielle d’Éduscol. Les repères croire/savoir et objectif/subjectif aident à examiner la différence entre l’adhésion d’une personne et la justification d’un jugement.

Les programmes donnent les notions et les repères à travailler. Les situations et la progression proposées ici sont des conseils pédagogiques. Dans ta copie, tu les adaptes aux mots du sujet et tu expliques ce que chaque raison permet de conclure.

Questions fréquentes

Ce qu’il faut retenir avant de commencer

Quelle différence entre opinion et vérité ?

Une opinion est un jugement que tu admets avec des raisons encore insuffisamment examinées. Elle peut cependant être vraie ou fausse. Pour une affirmation sur un fait, sa vérité dépend de ce qui s’est effectivement passé. Tu dois donc distinguer le contenu du jugement et les raisons dont tu disposes pour l’accepter.

Pourquoi une majorité peut-elle se tromper ?

Plusieurs personnes peuvent reprendre la même information erronée. Leur accord vient alors de cette source commune. Par exemple, vingt élèves peuvent partager une ancienne capture d’écran annonçant une sortie scolaire. Le nombre de partages indique la diffusion du message, tandis que sa date et l’annonce actuelle permettent de vérifier l’information.

Descartes affirme-t-il que la minorité a toujours raison ?

Dans la deuxième partie du Discours de la méthode, Descartes refuse de prendre le nombre de voix pour une preuve des vérités difficiles. Son raisonnement demande un examen personnel des raisons. Une personne isolée doit donc elle aussi justifier ce qu’elle affirme. Mais sa solitude laisse ouverte la possibilité d’une erreur.

Le consensus des spécialistes mérite-t-il notre confiance ?

Un accord de spécialistes peut justifier notre confiance lorsque leurs compétences concernent la question et que leurs résultats ont subi des contrôles. Il faut examiner les méthodes employées et la possibilité de discuter les conclusions. Cette confiance dépend donc du travail qui a conduit à l’accord et reste susceptible de révision.

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