La science et la vérité
Peut-on prouver définitivement une théorie scientifique ?
Une théorie scientifique peut être soutenue par des preuves expérimentales solides. Pourtant, des tests réussis laissent ouverte la possibilité d’une correction future. Tu dois donc distinguer une démonstration logique et la vérification d’une explication du monde. Pour les sciences expérimentales, la difficulté consiste à justifier une confiance raisonnée dans les résultats tout en acceptant leur révision.
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Que demande le mot définitivement ?
Tu peux commencer par une situation inventée. Une classe observe un métal qui se dilate lorsqu’on le chauffe. Les élèves recommencent ensuite avec plusieurs échantillons et obtiennent le même résultat. Ils disposent alors d’une raison de penser que ce métal se dilate dans les conditions du test. Une affirmation portant sur tous les métaux, à toute température et dans toute situation, demanderait un examen bien plus large.
Une théorie scientifique organise des hypothèses et des lois pour expliquer des phénomènes. Elle permet également de prévoir ce qui devrait se produire dans certaines conditions. Le mot théorie désigne donc ici une explication construite et contrôlable. Dans le langage courant, tu peux aussi appeler théorie une supposition personnelle. Il faut préciser ce sens avant d’en tirer une conclusion sur la valeur d’un savoir scientifique.
Une preuve apporte des raisons d’admettre une proposition. Mais le qualificatif définitivement ajoute une exigence. Il demande si ces raisons pourraient exclure toute remise en cause future. Ton sujet porte donc sur la force de la justification. Tu dois examiner ce que les tests établissent et pourquoi une théorie pourrait rester corrigible malgré leurs résultats.
Une première réponse paraît défendable. Une expérience répétée, dont les résultats correspondent aux prédictions, semble prouver l’explication proposée. Pourtant, la théorie concerne aussi des cas encore inobservés. Le problème consiste alors à comprendre comment les résultats déjà obtenus peuvent justifier cette affirmation plus générale.
Une démonstration et une expérience établissent-elles la même chose ?
Tu peux comparer deux raisonnements. En arithmétique, un nombre entier pair s’écrit deux fois un entier. Si deux nombres pairs s’écrivent 2a et 2b, leur somme s’écrit 2(a + b). Elle est donc paire. En effet, la démonstration utilise la définition des nombres pairs et les règles du calcul, qui valent pour tous les entiers concernés. Quelques additions réussies auraient seulement fourni des exemples.
Dans une expérience, tu examines ce qui se passe dans le monde. Un thermomètre peut mesurer une température, puis une règle permettre de comparer deux longueurs. Mais ces mesures supposent aussi que les instruments fonctionnent et que les conditions annoncées soient respectées. Une conclusion expérimentale dépend ainsi des observations effectivement obtenues.
Une théorie physique peut comprendre des démonstrations mathématiques. Tu peux ainsi déduire une prédiction à partir de ses équations. L’application de cette prédiction au monde demande ensuite un contrôle expérimental. Même un calcul exact reste compatible avec une hypothèse physique mal adaptée à la situation étudiée.
Cette distinction te permet de donner un sens au mot prouver dans ta copie. Une conclusion déduite correctement suit des prémisses, c’est-à-dire des propositions admises au départ du raisonnement. En revanche, une expérience examine aussi si les hypothèses employées correspondent aux phénomènes. Tu peux poursuivre cette différence avec le cours gratuit de logique.
Pourquoi l’accumulation des observations laisse-t-elle une difficulté ?
L’induction consiste ici à passer de cas observés à une conclusion plus générale. Par exemple, tu observes cent oiseaux d’une espèce et tous sont blancs. Tu peux donc décrire les cent oiseaux observés avec cette propriété. La proposition selon laquelle tous les oiseaux de cette espèce sont blancs concerne aussi ceux que tu as encore à observer.
Un nombre supplémentaire d’oiseaux blancs enrichit donc ton observation. Il laisse cependant possible l’existence d’un oiseau de cette espèce qui serait noir. Si tu en trouves un et que son identification est fiable, la proposition universelle est contredite. Cette différence logique explique pourquoi les cas favorables et le contre-exemple jouent des rôles différents.
Hume examine cette difficulté dans l’Enquête sur l’entendement humain, section IV. Notre attente concernant les faits futurs s’appuie sur les régularités déjà rencontrées. Mais un avenir différent du passé reste concevable sans contradiction. Une justification expérimentale de leur ressemblance présupposerait justement que les expériences passées renseignent l’avenir. Elle emploierait donc l’idée qu’elle cherche à justifier.
Dans la section V, Hume explique cette attente par l’habitude acquise à force de rencontrer des événements associés. En effet, son analyse fait comprendre pourquoi tu attends une répétition et pourquoi cette attente possède un statut différent d’une démonstration. Tu peux consulter les sections IV et V du texte original. Tu peux alors examiner comment un chercheur contrôle son idée, même si les cas futurs restent hors de son observation.
Comment Bernard transforme-t-il une observation en expérience ?
Claude Bernard décrit une recherche dans l’Introduction à l’étude de la médecine expérimentale, troisième partie, chapitre premier. Il observe des lapins dont les urines sont claires et acides, alors qu’il attend chez ces herbivores des urines troubles et alcalines, c’est-à-dire avec un pH supérieur à sept. Le pH est une échelle utilisée pour mesurer l’acidité d’un liquide. Au-dessous de sept, le liquide est acide, tandis qu’au-dessus de sept, il est basique ou alcalin. Il suppose que les animaux sont à jeun et utilisent leur propre organisme pour se nourrir.
Bernard leur donne ensuite de l’herbe. Les urines deviennent troubles et alcalines. Il soumet les lapins à l’abstinence et retrouve des urines claires et acides. Il répète les changements d’alimentation, puis étend son examen au cheval. Tu peux lire ce déroulement dans les pages 267 et suivantes de l’édition de 1865.
Tu peux utiliser cet exemple pour expliquer le rôle d’une hypothèse. Bernard propose une cause du phénomène, puis change les conditions pour contrôler son idée. Le passage de l’observation à l’expérience lui donne donc des raisons de relier l’alimentation et les urines. Le raisonnement progresse parce que l’idée est confrontée à des résultats qu’elle doit expliquer.
Dans ta copie, tu peux expliquer comment Bernard contrôle son hypothèse en modifiant l’alimentation. Il constate que les urines changent ensuite comme il l’avait prévu. La répétition contrôlée renforce la justification, tout en laissant distincte la question d’une preuve qui vaudrait pour tous les cas possibles.
Que change la réfutabilité chez Popper ?
Popper cherche à distinguer une théorie scientifique d’une théorie qui pourrait s’accorder avec n’importe quel résultat. Dans Conjectures et réfutations, chapitre premier, il propose la réfutabilité. Autrement dit, une théorie doit permettre de décrire un résultat possible qui serait incompatible avec elle. Le chercheur peut alors la soumettre à un test qui risque de la contredire.
Si une théorie résiste à une tentative sérieuse de réfutation, Popper parle de corroboration. Elle a donc réussi cette épreuve et peut être retenue provisoirement. Mais il distingue ce résultat d’une preuve définitive de vérité. Tu peux vérifier son raisonnement dans la section I du chapitre, conclusions 1 à 7.
Un exemple inventé aide à appliquer ce critère. Tu affirmes qu’une graine d’une espèce donnée germe toujours en cinq jours dans des conditions déterminées. Un protocole doit préciser ces conditions, notamment la température et la quantité d’eau. Une graine viable, c’est-à-dire capable de germer, qui remplit ces conditions et ne germe pas dans ce délai constitue alors un résultat contraire à la proposition.
En revanche, l’affirmation selon laquelle une force invisible fait parfois germer les graines peut rester compatible avec tous les résultats si aucun effet attendu n’est précisé. Une germination serait attribuée à cette force et un échec à son absence. Pour tester ton explication, tu dois donc annoncer ce qu’elle prévoit et ce qui permettrait de constater qu’elle échoue.
Un résultat contraire suffit-il toujours à abandonner toute la théorie ?
Un contre-exemple fiable contredit une proposition universelle. Mais une expérience réelle utilise aussi des instruments et plusieurs hypothèses sur ses conditions. Si ta graine germe au huitième jour, tu dois vérifier la température annoncée et la viabilité de la graine. En effet, un thermomètre mal réglé peut avoir conduit à décrire une situation différente de celle que tu croyais tester.
Le contrôle porte donc sur l’ensemble de ce qui a servi à prévoir le résultat. Une nouvelle mesure peut notamment confirmer que les conditions étaient respectées. Dans ce cas, la proposition sur la germination en cinq jours doit être corrigée. Si la température était différente, l’expérience devra être reprise dans les conditions prévues.
Cette difficulté est étudiée par Pierre Duhem dans La théorie physique, son objet et sa structure, deuxième partie, chapitre VI, paragraphe II, que tu peux lire dans l’édition de 1906. En effet, le physicien met à l’épreuve plusieurs propositions ensemble. Un désaccord expérimental montre qu’au moins une d’entre elles demande une correction, tout en laissant à déterminer laquelle. Tu peux donc éviter de décrire la réfutation comme un verdict immédiat qui ferait disparaître tout un savoir au premier résultat inattendu.
Une connaissance révisable peut-elle être bien justifiée ?
Tu peux comparer deux explications d’un même phénomène. La première propose un effet mesurable dans des conditions annoncées. Des équipes différentes peuvent ainsi suivre le protocole et comparer leurs résultats. Mais la seconde reste assez vague pour accepter toutes les issues. Même si la première doit être révisée un jour, elle permet aujourd’hui un examen que la seconde empêche.
Si le résultat se retrouve avec d’autres instruments et dans plusieurs situations, tu disposes de nouvelles raisons de retenir l’explication. D’autres chercheurs peuvent aussi refaire le test pour chercher une erreur du premier montage. Ils doivent en effet connaître les conditions de l’expérience et les mesures obtenues. La justification peut ainsi être discutée à partir du travail effectivement réalisé.
Une limite peut aussi conduire à préciser le domaine où un modèle fonctionne. Par exemple, tu affirmes cette fois qu’une graine germe en cinq jours quelle que soit la température. Tu découvres ensuite qu’elle germe en huit jours dans une pièce plus froide. L’affirmation doit alors être restreinte aux températures où le résultat a été établi. Tu conserves cependant les observations réalisées dans ces conditions. Le changement corrige ici une généralisation qui dépassait les cas testés.
La réponse au sujet doit donc nommer le degré de justification admis. En effet, une théorie expérimentale peut être assez étayée pour être retenue et utilisée. Sa révision demeure possible lorsque de nouveaux résultats ou de nouvelles critiques l’exigent. La différence avec une opinion quelconque tient au travail de contrôle et aux raisons disponibles, que tu peux rapprocher de la distinction entre croire et savoir.
Comment construire un plan à partir de ce problème ?
Ton plan doit suivre la difficulté rencontrée. Je te propose un chemin de raisonnement à adapter au sujet exact. Tu peux demander comment les preuves expérimentales justifient l’admission d’une théorie alors qu’elles laissent possible sa révision.
Les expériences contrôlées donnent des raisons d’admettre une théorie
Tu examines d’abord ce qui permet de parler de preuve. Une hypothèse produit des conséquences attendues et le contrôle compare ces conséquences avec les faits. L’exemple de Bernard explique pourquoi la modification des conditions et la répétition rendent son raisonnement plus solide. Cette réponse reconnaît donc la valeur du travail expérimental.
Pour passer à la suite, tu reprends la différence entre les observations obtenues et la portée générale de la théorie. En effet, même plusieurs expériences contrôlées portent sur un ensemble limité de situations. Comment ces résultats pourraient-ils exclure un désaccord dans un cas encore inobservé ? Tu dois donc examiner ce que le mot définitivement exige au-delà des résultats obtenus.
Les tests réussis laissent ouverte la possibilité d’une correction
Tu développes alors le passage des cas observés à une affirmation universelle, avec Hume. Popper permet ensuite d’expliquer la différence entre une théorie réfutable et une théorie réfutée. Tu conserves ce que l’expérience a établi, tout en limitant la conclusion qu’on peut en tirer.
Mais la possibilité d’une correction laisse encore à comprendre pourquoi certaines théories méritent d’être retenues. Si deux explications restent révisables, quelles raisons permettent de préférer celle qui a subi des tests sérieux ? Ton raisonnement doit alors examiner la valeur d’une justification qui accepte de nouveaux contrôles.
La confiance scientifique repose sur des contrôles que l’on peut reprendre
Tu réponds enfin en comparant la précision des prédictions et la qualité des tests. Le contrôle des instruments, puis la confrontation des résultats, permettent d’expliquer pourquoi une théorie est mieux étayée qu’une autre. Tu peux conclure qu’une théorie expérimentale mérite d’être retenue pour les tests qu’elle a réussis. De nouveaux tests peuvent ensuite conduire à préciser ou à corriger cette réponse. La méthode de dissertation de philosophie développe cette progression entre les problèmes.
Exercice corrigé sur une preuve annoncée
Dans cette situation inventée, une élève affirme qu’une lumière bleue accélère toujours la germination d’une espèce de graines. Elle éclaire vingt graines, puis observe que dix-huit germent avant le cinquième jour. Elle conclut alors que sa théorie est définitivement prouvée. Tu dois expliquer ce que l’observation établit, proposer une comparaison utile et préciser ce que cette comparaison permettrait de conclure.
Correction expliquée
L’observation établit que dix-huit graines du lot éclairé ont germé avant le cinquième jour. Pour attribuer cette rapidité à la lumière bleue, il faut la comparer avec un lot de la même espèce soumis à une autre lumière. Les autres conditions doivent être comparables, notamment l’eau reçue et la température. Cette comparaison permet donc d’examiner si la différence de lumière s’accompagne d’une différence de germination.
Si les deux lots germent aussi rapidement, le résultat laisse sans justification l’accélération attribuée à la lumière bleue. Si le lot éclairé en bleu germe plus rapidement, le test soutient l’hypothèse dans les conditions étudiées. Il faudrait ensuite répéter l’examen pour vérifier que la différence se retrouve. Le mot toujours étend cependant la proposition à des situations que ce premier test laisse encore à étudier.
La conclusion doit donc rester proportionnée aux résultats. L’élève dispose d’une observation et peut construire un test comparatif. Même une comparaison favorable apporterait un soutien à l’hypothèse dans les conditions retenues. Mais ce test laisse encore à étudier les autres situations visées par le mot toujours. Des observations limitées aux conditions du test laissent donc ouverte la possibilité d’un résultat différent ailleurs. Tu peux t’entraîner à cette vérification du raisonnement avec le diagnostic gratuit de méthode.
La science dans ton programme
La science est une notion du programme de philosophie de terminale générale de 2019. En revanche, en voie technologique, cette question peut être reliée à la vérité. Les deux listes de repères comprennent hypothèse/conséquence/conclusion et vrai/probable/certain. La distinction théorie/expérience possède ici un statut pédagogique. Tu peux notamment vérifier ces listes dans les programmes actuellement présentés par Éduscol. Les exemples et le plan de cet article sont des conseils pédagogiques de Julien.
Après le cours gratuit et l’exercice, le recueil de dissertations corrigées te permet d’étudier des raisonnements développés dans des copies. Pour ce sujet, tu peux déjà vérifier chaque passage de ton argument en distinguant les résultats observés et l’affirmation générale que tu cherches à justifier.
Questions fréquentes
Ce qu’il faut retenir avant de commencer
Une théorie scientifique peut-elle être définitivement prouvée ?
Les tests peuvent apporter des preuves solides en faveur d’une théorie expérimentale. Ils portent cependant sur des situations déterminées. Une loi qui prétend valoir pour tous les cas dépasse ces observations. Tu peux donc reconnaître qu’une théorie est bien étayée tout en laissant ouverte sa révision. Une démonstration mathématique possède un autre statut, lié aux définitions et aux règles du système utilisé.
Quelle différence entre vérifier et réfuter une théorie ?
Une vérification compare une conséquence attendue avec ce qui est observé. Un résultat conforme soutient l’hypothèse, mais plusieurs explications peuvent parfois prévoir ce même résultat. Avec une réfutation, tu établis au contraire une incompatibilité entre la proposition examinée et un résultat fiable. Dans une expérience réelle, il faut donc contrôler les instruments et les conditions du test avant d’attribuer l’échec à la théorie.
Une théorie réfutable est-elle déjà fausse ?
Une théorie réfutable permet de décrire un résultat possible qui serait incompatible avec elle. Le mot concerne donc la possibilité de la tester. En revanche, une théorie réfutée a déjà rencontré une objection ou un résultat qui la contredit. Tu peux ainsi distinguer la capacité d’un énoncé à être mis à l’épreuve et l’issue effective de cette épreuve.
Comment relier cet article au programme du bac ?
La science est une notion du programme de terminale générale. En revanche, en voie technologique, tu peux étudier cette question dans le travail sur la vérité. Les deux programmes comprennent le repère hypothèse/conséquence/conclusion. La distinction entre théorie et expérience est également utile pour construire ton argument, avec un statut pédagogique. Le plan proposé ici est un conseil adapté au problème de la preuve.