Les repères du programme

Nécessaire et contingent en philosophie, quel repère ?

Est nécessaire ce qui ne peut pas être autrement dans le cadre étudié. En revanche, est contingent ce qui peut être autrement ou aurait pu ne pas se produire. Tu distingues ainsi le nombre de chaises présentes dans une salle, qui aurait pu changer, et un résultat imposé par les règles d’un calcul. Un fait contingent peut être connu avec certitude et posséder une explication.

  • Voie générale
  • Voie technologique
  • Candidat individuel

Le nécessaire exclut une autre possibilité. Le contingent l’admet

Une salle de classe contient vingt-quatre chaises. Tu peux les compter et vérifier ce fait. Pourtant, cette salle aurait pu en contenir vingt-cinq, si quelqu’un avait ajouté une chaise. Le nombre observé dépend donc de la manière dont la salle a été aménagée. Tu peux affirmer qu’il est vrai et qu’il aurait pu être différent.

Compare maintenant cette observation avec le calcul deux plus deux égale quatre. Si tu conserves le sens habituel des nombres et de l’addition, le résultat s’impose. Par exemple, deux objets auxquels tu ajoutes deux objets font quatre objets. Un autre résultat exigerait une erreur de calcul ou un changement des règles employées. Tu compares donc un fait dont le contraire reste possible et un résultat dont le contraire est exclu par les règles du calcul.

Le repère porte sur cette différence. Il t’aide à examiner une affirmation, en te demandant quel autre cas elle permet ou exclut. Il intervient donc dans un raisonnement sur la vérité comme dans une réflexion sur la liberté. De plus, les programmes officiels de philosophie des deux voies comprennent les repères contingent et nécessaire, ainsi que impossible et possible. Tu apprends à l’utiliser lorsque le problème le demande.

Que signifie nécessaire en philosophie ?

Est nécessaire ce qui ne peut pas être autrement, dans le cadre que tu examines. Une nécessité logique vient des relations entre les propositions. Une proposition est une phrase qui affirme quelque chose et peut être vraie ou fausse. Par exemple, si tous les livres d’une boîte sont rouges et que ton livre vient de cette boîte, alors ton livre est rouge. Tu conserves les deux affirmations de départ et tu dois accepter cette conclusion.

Tu peux toutefois vérifier séparément le contenu des affirmations de départ. Peut-être que la boîte contient aussi un livre bleu. La conclusion découlait des hypothèses, mais l’une d’elles était fausse. Tu peux donc vérifier deux choses séparément. D’abord, la conclusion découle-t-elle des affirmations de départ ? Ensuite, ces affirmations correspondent-elles aux faits ?

Dans la vie courante, tu qualifies également de nécessaire ce qui permet d’atteindre un but. Un mot de passe peut être nécessaire pour ouvrir un compte protégé. Cette nécessité dépend alors d’un dispositif et d’un objectif. Une autre manière de s’identifier peut modifier la condition d’accès. Tu dois donc préciser si tu parles d’une vérité logique ou d’un moyen exigé dans une situation donnée.

Que signifie contingent ?

Est contingent ce qui peut être autrement ou ce qui aurait pu ne pas se produire. Tu peux par exemple reprendre le nombre de chaises de la salle. Il est établi par une observation, alors que l’aménagement aurait pu être différent. La contingence concerne donc ici la possibilité d’une autre situation, même lorsque le fait actuel est connu.

Une situation inventée permet de préciser cette idée. Une élève prend le bus de huit heures parce que son cours commence à neuf heures. Elle a choisi cet horaire en fonction du trajet. Son déplacement possède donc une explication. Un cours placé plus tard aurait cependant pu lui permettre de prendre un autre bus. Tu peux ainsi reconnaître une raison à ce choix tout en envisageant une autre organisation de sa journée.

Mais tu dois être attentif à ce que tu fais varier. Dans cet exemple, tu changes l’horaire du cours. Tu montres donc que le déplacement dépend de certaines circonstances. Si tu veux affirmer que la même élève aurait pu choisir autrement avec exactement les mêmes causes et dans les mêmes conditions, tu avances une thèse sur la liberté. Cette thèse demande un argument supplémentaire.

Le possible comprend aussi ce qui est nécessaire

Au sens logique large, est possible ce qui peut être le cas sans contradiction. Tu emploies ce sens lorsque tu examines si des affirmations peuvent être vraies ensemble. Une contradiction apparaît quand tu affirmes une proposition et sa négation au même moment et sous le même rapport. Par exemple, une porte peut être fermée, puis s’ouvrir. Mais si tu affirmes qu’elle est entièrement fermée et qu’elle n’est pas entièrement fermée au même instant, tu te contredis. Une porte entrebâillée permet de préciser la négation. Elle n’est pas entièrement fermée, même si elle n’est pas entièrement ouverte.

Dans ce sens large, le nécessaire est aussi possible. Si deux plus deux égale nécessairement quatre, ce résultat est bien possible. Le contingent ajoute une autre possibilité, celle du contraire. Le nombre de chaises, par exemple, peut être vingt-quatre et aurait pu être différent. Tu peux donc retenir que le contingent permet une alternative que le nécessaire exclut.

Mais le langage courant emploie parfois possible dans un sens plus restreint, lorsque tu dis qu’un événement est seulement possible. Tu signales alors qu’il reste incertain ou qu’il peut aussi ne pas arriver. Le sens exact dépend donc de la phrase. Dans une copie, une définition au début du passage évite de changer de sens au milieu du raisonnement.

La certitude et la nécessité répondent à deux questions différentes

Tu peux savoir avec certitude qu’une salle contient vingt-quatre chaises après les avoir comptées soigneusement. La certitude concerne alors les raisons dont tu disposes pour accepter ce fait. En revanche, la nécessité concerne la possibilité qu’il soit autrement. Le comptage établit le nombre actuel, tandis qu’un autre aménagement reste concevable.

À l’inverse, une personne peut hésiter devant un résultat mathématique qui se démontre nécessairement. Son hésitation vient de sa compréhension du calcul. Le résultat conserve la même justification, même lorsqu’elle n’a pas encore compris la démonstration. Tu distingues donc l’état de ta connaissance et ce que la proposition permet ou exclut.

Cette distinction t’aide aussi à analyser le mot imprévisible. Un événement peut être difficile à prévoir parce que tu connais mal ses causes. Cette difficulté laisse encore à examiner son caractère contingent ou nécessaire. Tu peux donc approfondir la différence entre expérience et démonstration avec la page sur la preuve d’une théorie scientifique.

Leibniz distingue les vérités de raisonnement et les vérités de fait

Dans la Monadologie, aux paragraphes 31 à 36, Leibniz distingue deux sortes de vérités. Les vérités de raisonnement sont nécessaires, car leur contraire implique une contradiction. Les vérités de fait sont contingentes, car leur contraire demeure possible. Tu peux ainsi retrouver cette différence entre le calcul et le nombre de chaises observé.

Leibniz ajoute pourtant que les vérités contingentes ont elles aussi une raison. Son principe de raison suffisante affirme qu’il existe une raison pour laquelle chaque fait est ainsi. Cette raison peut cependant dépasser ce que nous connaissons. Dans son propre exemple, au paragraphe 36, son écriture dépend de mouvements du corps et de dispositions de son esprit. La contingence laisse donc subsister une recherche des raisons. Tu peux utiliser cette référence pour discuter l’idée qu’un fait contingent serait forcément dépourvu d’explication.

Aristote examine la bataille navale de demain

Dans De l’interprétation, chapitre IX, Aristote examine une difficulté concernant l’avenir. Si une phrase annonçant une bataille demain est déjà vraie, on pourrait penser que la bataille doit nécessairement arriver. Elle semblerait alors inévitable avant même les décisions des personnes. Tu passes pourtant ici de la vérité supposée de l’annonce à la nécessité de l’événement.

Aristote distingue l’événement et l’alternative entière. Demain, une bataille navale aura lieu ou elle n’aura pas lieu. Cette alternative paraît nécessaire, puisqu’elle comprend les deux possibilités contradictoires. Mais tu dois encore examiner chaque événement séparément.

La nécessité de l’alternative permet d’affirmer que l’un des deux cas se produira. Mais elle ne permet pas de conclure que la bataille elle-même est nécessaire. Tu dois examiner séparément les raisons de sa tenue. Aristote refuse ainsi de conclure que tout événement futur est nécessaire. Il rappelle que nos délibérations et nos actions interviennent dans ce qui arrive. Tu peux reprendre son raisonnement lorsque quelqu’un transforme une prévision ou une alternative logique en destin inévitable.

La bataille de cet exemple appartient à une discussion philosophique. Aristote examine une hypothèse, sans annoncer un combat historique particulier. Dans ta copie, tu présentes donc l’exemple comme une expérience de pensée sur l’avenir.

Une loi physique et une obligation morale demandent des précisions

Une nécessité physique concerne ce qui s’impose selon les lois de la nature et les conditions retenues. Dans un modèle déterministe, les mêmes conditions initiales produisent toujours la même évolution selon les lois retenues. Si tu connais la position et la vitesse initiales d’un objet ainsi que les forces qui s’exercent sur lui, tu peux alors calculer son mouvement dans ce modèle. La conclusion dépend cependant de ce modèle. Tu dois encore vérifier que la situation étudiée correspond aux conditions supposées.

Cette nécessité diffère d’une obligation morale. Une personne peut par exemple estimer qu’elle doit tenir une promesse et décider malgré tout de la rompre. Son obligation indique ce qu’elle devrait faire, alors que la possibilité de désobéir reste ouverte. Tu dois donc expliquer le sens de devoir dans une phrase comme « il doit agir ainsi ». Elle peut annoncer une conséquence inévitable ou exprimer une exigence morale.

Le repère t’évite alors de confondre ce qu’une personne doit faire avec ce qu’elle fera effectivement. Tu peux relier ce travail à la distinction entre les faits et ce qui devrait être. Mais le passage d’une distinction à l’autre demande de montrer le lien avec le sujet traité.

Une condition nécessaire peut laisser le résultat incertain

Les sujets qui commencent par « suffit-il » demandent une autre distinction. Une condition est nécessaire lorsque le résultat exige sa présence. Elle est suffisante lorsque sa présence garantit le résultat, dans les conditions retenues. Tu peux ensuite appliquer ces définitions à un examen fictif. Par exemple, son règlement impose de se présenter et d’obtenir au moins dix sur vingt.

La présence est nécessaire à la réussite de cet examen, car un candidat absent échoue selon ce règlement. Pourtant, un candidat présent peut obtenir cinq sur vingt. Sa présence laisse donc le résultat incertain. Tu dois distinguer cette condition exigée et l’ensemble des conditions qui garantiraient la réussite.

Dans un sujet comme « La conscience de soi suffit-elle pour se connaître ? », tu peux ainsi reconnaître un rôle à la conscience de soi, puis examiner les limites de ce qu’elle nous apprend. Tu peux en effet avoir conscience de vouloir réussir tout en comprenant mal pourquoi l’avis des autres compte autant pour toi. La conscience de ton désir laisse alors certaines de ses raisons à rechercher. Tu passes ainsi du constat de ce désir à la question de ce qu’il faut encore apprendre sur toi. Le guide sur la conscience de soi développe ce problème.

Comment employer ce repère dans une dissertation ?

Tu pars de l’affirmation à examiner. Par exemple, un sujet peut demander si une règle sociale est nécessaire. Tu identifies d’abord la règle et le sens de nécessaire. La question peut porter sur son utilité pour vivre ensemble ou sur la possibilité qu’une société fonctionne autrement. Ces deux questions appellent des raisons différentes.

Ensuite, tu développes une situation qui permet de comparer les réponses. Supposons qu’une bibliothèque impose le silence dans toutes ses salles. Cette règle facilite la lecture individuelle. Pourtant, une bibliothèque qui sépare une salle silencieuse et une salle de travail collectif peut poursuivre le même but autrement. L’existence de cette organisation possible permet de discuter la nécessité du silence partout, tout en conservant la raison de protéger les lecteurs du bruit.

Tu peux alors formuler une difficulté sur les moyens d’atteindre le but. Certaines conditions sont exigées pour permettre le travail, mais plusieurs règles peuvent les satisfaire. La question devient celle des raisons de préférer une organisation. Tu examines ainsi si le même but peut être atteint par plusieurs règles, comme le propose la méthode de dissertation. Le repère sert à expliquer ce qui change entre deux réponses.

Un exercice pour vérifier la distinction

Tu peux maintenant examiner ces quatre affirmations. Pour chacune, tu indiques ce qui est connu et ce qui pourrait être autrement. Tu expliques aussi le sens de nécessaire lorsque ce mot intervient.

  1. Dans une boîte qui contient uniquement des billes bleues, une bille prise dans cette boîte sera bleue.
  2. La boîte contient douze billes bleues, comme le confirme le comptage.
  3. Une personne doit tenir sa promesse, mais elle envisage de la rompre.
  4. Un candidat s’est présenté à l’examen fictif. Il réussira donc nécessairement.

Correction expliquée

Pour la première affirmation, la couleur de la bille suit nécessairement des hypothèses. La boîte contient en effet uniquement des billes bleues et la bille vient de cette boîte. Si tu acceptes ces deux informations, tu dois donc accepter la conclusion. La vérification des informations reste une question distincte.

Dans le deuxième cas, le comptage établit un fait contingent. La boîte aurait pu recevoir une bille supplémentaire et en contenir treize. Tu peux donc connaître son contenu actuel sans lui attribuer une nécessité logique.

La troisième phrase exprime une obligation morale. La personne considère qu’elle devrait tenir sa promesse, alors que la rupture reste possible. Tu dois justifier moralement l’obligation si tu veux la défendre. Tu expliques par exemple pourquoi la personne qui a reçu la promesse peut compter sur son respect.

Enfin, la quatrième affirmation confond une condition nécessaire et une condition suffisante. Le candidat doit se présenter, mais sa note doit aussi atteindre le seuil exigé. Tu peux construire un contre-exemple avec un candidat présent qui obtient cinq sur vingt. Sa situation respecte le règlement de l’exercice et contredit la conclusion annoncée.

Tu peux poursuivre avec le cours gratuit de logique

Le cours gratuit de logique en philosophie te permet de travailler les conditions nécessaires et suffisantes avec des exercices. Tu peux reprendre une réponse de cet article et écrire chaque proposition qui conduit à ta conclusion. Tu verras ainsi où une hypothèse supplémentaire est demandée.

Pour réviser ensuite la notion de raison et les arguments des auteurs, la carte mentale sur la raison est disponible à 4,99 euros. Elle réunit ses explications sur une grande page complète. Tu peux consulter son aperçu avant de choisir ce support.

Les textes pour retrouver les références

Tu retrouves la distinction de Leibniz dans la Monadologie, paragraphes 31 à 36, édition Janet de 1900. Le raisonnement d’Aristote figure dans De l’interprétation, chapitre IX, traduction de Barthélemy-Saint-Hilaire. La page Éduscol consacrée aux programmes de philosophie donne accès aux textes officiels des deux voies.

Questions fréquentes

Ce qu’il faut retenir avant de commencer

Quelle différence entre nécessaire et contingent ?

Le nécessaire exclut une autre possibilité dans le cadre étudié. Le contingent permet que la situation soit autrement. Tu peux connaître avec certitude le nombre de chaises d’une salle, tout en reconnaissant qu’un autre aménagement aurait été possible.

Un fait contingent est-il forcément dû au hasard ?

Un fait contingent peut posséder des causes et des raisons. Tu dois examiner le sens du hasard dans le passage étudié. Chez Leibniz, les vérités de fait sont contingentes et restent soumises au principe de raison suffisante.

Le nécessaire est-il aussi possible ?

Oui, si tu emploies possible au sens logique large de ce qui peut être le cas sans contradiction. Le contingent ajoute la possibilité du contraire. Le langage courant emploie aussi seulement possible pour un événement qui reste incertain.

Quelle différence entre nécessaire et suffisant ?

Une condition nécessaire est exigée pour obtenir le résultat. Une condition suffisante garantit ce résultat dans le cadre retenu. Dans l’examen fictif de cette page, la présence du candidat est nécessaire, mais sa réussite exige aussi une note au moins égale à dix sur vingt.

Explorer le site

Que veux-tu travailler ?

Commence par écrire un mot.

Tu peux modifier ces réglages à tout moment depuis le pied de page.