L’État et la liberté

Pourquoi avons-nous besoin d’un État ? Arguments au bac

Nous avons besoin d’un État pour que des règles communes protègent chacun, même lorsque les intérêts s’opposent. Une autorité capable de les faire respecter peut limiter la violence. Mais cette autorité peut aussi devenir oppressive. Tu dois donc examiner pourquoi la sécurité demande un pouvoir commun, puis à quelles conditions ce pouvoir permet aux personnes de vivre libres. Tu peux alors distinguer le besoin de protection et la justification des lois qui te gouvernent.

  • Voie générale
  • Candidat individuel

Ce que signifie le besoin d’un État

Le mot « besoin » demande ce que nous perdrions sans État. Cependant, une institution peut être utile pour certaines tâches sans être nécessaire à toute vie commune. Tu dois donc expliquer le problème qu’elle résout et examiner si d’autres formes d’organisation pourraient le résoudre. Le sujet interroge ainsi la raison de l’État, plutôt que ses seuls avantages quotidiens.

Le programme officiel de philosophie comprend l’État dans la voie générale. Cette notion peut être étudiée avec la justice et la liberté. Ces deux dernières figurent également au programme technologique, mais l’État appartient à la liste des dix-sept notions de la voie générale. Le plan de cet article te propose un entraînement au raisonnement.

La société, l’État et le gouvernement

Une société est un ensemble de personnes qui entretiennent des relations durables. Elles peuvent travailler ensemble et partager des habitudes. La coopération existe donc aussi dans des relations que l’État organise peu ou indirectement. Par exemple, des voisins peuvent s’entendre pour aider une personne âgée. Leur accord montre que les personnes savent agir ensemble sans recevoir chaque fois un ordre politique.

L’État désigne l’organisation durable du pouvoir politique sur une population et un territoire. Il établit des règles communes et dispose de moyens pour les faire respecter. Les tribunaux, par exemple, permettent de régler des conflits selon des procédures, tandis que la police peut faire appliquer certaines décisions. Tu peux alors distinguer l’accord volontaire entre quelques personnes et une autorité dont les décisions s’imposent aussi à ceux qui les contestent.

Le gouvernement désigne les personnes qui dirigent les affaires publiques pendant une période. Un gouvernement peut changer alors que l’État continue d’exister. Tu évites donc de confondre une critique des dirigeants actuels avec le refus de toute organisation politique commune. En effet, dans le sujet, tu examines le besoin d’une telle organisation, quels que soient les dirigeants du moment.

Hobbes explique pourquoi la méfiance produit des conflits

Dans le chapitre XIII du Léviathan, Hobbes étudie la situation des individus lorsqu’aucun pouvoir commun ne garantit leur sécurité. Il appelle cette situation l’état de nature. Tu peux donc la comprendre comme une hypothèse qui permet de réfléchir aux raisons du pouvoir politique. En effet, elle laisse de côté la protection d’une autorité commune pour examiner ce que chacun peut attendre des autres.

Hobbes part notamment de la vulnérabilité des individus. Même une personne forte peut être attaquée par plusieurs personnes ou surprise pendant son sommeil. Chacun a donc une raison de craindre les autres. De plus, des personnes peuvent désirer le même bien et entrer en concurrence. La méfiance aggrave alors le conflit, car une personne peut attaquer la première pour éviter d’être attaquée.

Tu dois expliquer ce mécanisme avant d’affirmer que les hommes sont violents. En effet, une personne peut chercher à vivre tranquillement et juger malgré tout qu’elle doit se défendre à l’avance. Le danger vient également de l’incertitude sur les intentions des autres. Chez Hobbes, la guerre comprend cette disposition connue à combattre, même pendant les moments où personne ne se bat.

Par exemple, deux groupes utilisent une réserve d’eau. Cette situation est inventée. Chaque groupe souhaite conserver assez d’eau pour ses membres. Mais chacun craint que l’autre prenne tout pendant la nuit. Un groupe peut donc s’emparer de la réserve pour se protéger, ce qui pousse l’autre à préparer une attaque. Leur intérêt à conserver de l’eau crée une raison de coopérer, tandis que la peur d’être trompé pousse chacun à rompre l’accord.

Le pouvoir commun rend les engagements plus fiables

Une promesse de partager l’eau peut apaiser les deux groupes. Cependant, chacun reste inquiet si l’autre peut rompre sa promesse sans rencontrer d’obstacle. Dans le chapitre XVII du Léviathan, Hobbes explique qu’un accord demande un pouvoir capable d’en garantir le respect. La menace d’une sanction peut donc rendre la rupture de l’accord moins avantageuse et permettre à chacun de compter sur l’engagement des autres.

Hobbes décrit alors un accord de chacun avec chacun. En effet, les individus autorisent un homme ou une assemblée à agir pour leur paix et leur défense. Chacun reconnaît les décisions de cette autorité comme celles du pouvoir qu’il a autorisé avec les autres. Le pacte engage donc les individus entre eux, selon la description de Hobbes. Tu peux vérifier le raisonnement dans les chapitres XIII et XVII du texte original du Léviathan, disponible en anglais chez Project Gutenberg.

Dans notre exemple, une autorité pourrait faire respecter les règles de partage et sanctionner celui qui prend la part des autres. Le conflit serait alors traité par une décision commune, plutôt que par la force de chaque groupe. L’exemple illustre la garantie d’un engagement. Il reste toutefois plus simple qu’un État, car une réserve d’eau partagée demande seulement une organisation limitée.

Cette limite permet de discuter la nécessité de l’État. Une coopération volontaire peut fonctionner quand les personnes se connaissent et règlent leurs désaccords ensemble. Pour défendre le besoin d’un État, tu dois expliquer pourquoi cette coopération risque de devenir insuffisante, notamment quand un conflit oppose des groupes nombreux et qu’une décision doit s’imposer malgré leur refus. Le raisonnement de Hobbes donne une réponse à cette difficulté. Il laisse toutefois ouverte la question des abus de l’autorité qui garantit l’accord.

La sécurité peut aussi servir à justifier la domination

Une autorité capable d’imposer ses décisions peut protéger les habitants. Mais ses dirigeants peuvent aussi utiliser cette force pour leur propre avantage. Dans l’exemple de l’eau, le responsable pourrait réserver la plus grande part à ses proches et punir ceux qui protestent. Une menace de sanction garantirait alors une répartition injuste. La stabilité de la règle laisserait subsister le tort fait aux autres.

Tu passes ici de la nécessité à la légitimité. La première question demande pourquoi une autorité commune peut être indispensable. La seconde demande si son pouvoir mérite d’être reconnu comme juste. Par exemple, une population qui obéit par peur montre la capacité des dirigeants à se faire obéir. Cependant, tu dois encore examiner les raisons qui pourraient justifier leur décision.

Le besoin de sécurité justifie donc la recherche d’une protection commune, tout en demandant un examen du pouvoir qui l’assure. Si cette protection soumet les habitants à une menace permanente de leurs dirigeants, le problème de l’insécurité se retrouve dans leur relation avec l’autorité. Rousseau permet alors de chercher une association politique qui protège chacun en lui conservant une liberté.

Rousseau cherche une association qui protège la liberté

Dans le livre I, chapitre VI du Contrat social, Rousseau demande comment la force commune peut protéger chaque associé sans le soumettre à la volonté particulière d’un maître. Chacun s’associe à tous selon les mêmes conditions. L’autorité appartient alors au peuple considéré comme un ensemble de citoyens. Le contrat décrit ainsi les conditions d’une association légitime. Cependant, tu peux l’utiliser pour évaluer un pouvoir, sans supposer que chaque État réel remplit déjà ces conditions.

Dans le chapitre VIII, Rousseau distingue la liberté naturelle, limitée par la force de l’individu, et la liberté civile, qui dépend de règles communes. Par exemple, une règle de partage peut empêcher un habitant de prendre toute l’eau. Elle lui garantit aussi une part que les autres doivent respecter. Sa liberté change donc de forme, puisqu’elle repose désormais sur une protection commune.

Rousseau examine également la liberté morale. La personne se donne une règle de conduite et peut ainsi résister à son désir immédiat. Elle exerce alors une maîtrise sur elle-même. Dans notre exemple, tu peux distinguer l’envie de prendre davantage et la règle de partage que la personne se prescrit. Le citoyen participe au peuple qui se donne ses lois, ce qui permet de comprendre pourquoi l’obéissance peut être compatible avec sa liberté.

Le livre II, chapitre VI précise que la loi doit avoir un objet général. Elle concerne le peuple dans son ensemble et des types d’actions, au lieu de viser une personne nommée. La volonté générale vise l’intérêt commun. Tu dois donc examiner si la décision sert l’intérêt commun. Une majorité qui réserve l’eau à ses membres favorise, par exemple, une partie de la population aux dépens des autres.

Ces passages du Contrat social conservé par l’Université de Genève permettent de défendre le besoin de lois communes légitimes. Tu dois conserver la condition dans ton argument. La liberté que Rousseau cherche à justifier dépend de la nature de l’association et des lois, plutôt que du simple fait qu’un État existe.

Spinoza relie la paix à la liberté de juger

Spinoza écrit dans le chapitre XX du Traité théologico-politique que La fin de l'État est donc en réalité la liberté. La fin désigne ici le but de l’État. La sécurité doit permettre aux personnes de vivre et de faire usage de leur raison sans subir une peur permanente. Le pouvoir commun trouve ainsi sa justification dans la vie qu’il rend possible.

Au paragraphe suivant, Spinoza distingue le jugement personnel et l’action décidée par l’autorité commune. Par exemple, une personne peut expliquer pourquoi elle juge une loi mauvaise, tout en la respectant tant que l’autorité compétente maintient cette loi. Le texte conserve toutefois des conditions à cette expression, qui doit procéder par la raison et respecter le pouvoir de décision commun. Tu peux lire les paragraphes 6 et 7 dans les extraits du Traité théologico-politique proposés par l’académie d’Amiens, dans la traduction d’Appuhn.

L’argument ajoute une condition à la protection recherchée. En effet, les habitants doivent pouvoir réfléchir aux règles sous lesquelles ils vivent. Une autorité qui assimile chaque critique à une menace peut réduire cette liberté, même lorsqu’elle prétend préserver la paix. Tu peux donc examiner le besoin d’État à partir de ses effets sur la sécurité et sur le jugement des personnes.

Une erreur fréquente dans la copie

La phrase Nous avons besoin d’un État parce que, sans règles, chacun fait ce qu’il veut donne une raison trop rapide. Elle suppose déjà qu’une vie sans État serait une vie sans règles. Pourtant, des groupes peuvent avoir des usages communs et coopérer sans que chaque règle soit imposée par un État. Tu dois expliquer ce qui manquerait à ces accords pour garantir la sécurité de chacun.

Une version développée peut commencer ainsi. Les individus peuvent vouloir coopérer, mais chacun risque de craindre que les autres rompent leur engagement. Hobbes montre comment cette méfiance peut conduire à une attaque préventive. Un pouvoir commun capable de faire respecter l’accord donne alors une garantie que la seule promesse laisse incertaine. Tu peux maintenant demander si un accord entre les groupes garantirait aussi leur sécurité. Si tu défends la sanction, tu dois expliquer pourquoi elle serait plus fiable et comment empêcher son application injuste.

Une problématique et un plan qui se répondent

Je te propose la problématique suivante. Comment le pouvoir commun peut-il protéger chacun sans devenir lui-même une cause de domination ? Elle part du besoin de sécurité, puis montre la difficulté créée par la solution. Tu dois donner assez de force à l’autorité pour qu’elle protège les personnes, tout en examinant ce qui empêche cette force de les soumettre arbitrairement.

1. Une autorité commune peut garantir la sécurité

Tu expliques d’abord pourquoi la concurrence et la méfiance peuvent rendre les accords fragiles. Hobbes permet de comprendre la recherche d’un pouvoir qui garantit leur respect. L’exemple de l’eau précise ce que la sanction change dans le comportement attendu. Mais ce raisonnement conduit aussi à une difficulté, car les personnes dépendent désormais de celui qui applique la règle.

2. Le pouvoir qui protège peut aussi dominer

Tu examines alors l’usage de cette force par les dirigeants. Par exemple, une règle efficace peut défendre les intérêts d’un groupe et faire subir une injustice aux autres. La simple obéissance laisse donc ouverte la question de la légitimité. La partie suivante doit expliquer les conditions auxquelles les citoyens pourraient reconnaître le pouvoir comme leur protection commune.

3. Des lois légitimes peuvent protéger une liberté commune

Tu peux développer l’association de Rousseau et le rapport entre sécurité et liberté chez Spinoza. Le besoin d’État devient ainsi le besoin d’une autorité dont les règles et les effets peuvent être justifiés devant les personnes qu’elle gouverne. La conclusion peut reconnaître ce besoin tout en précisant ses conditions. Cette réponse reste toutefois à discuter dans la copie, selon les objections et les exemples que tu as examinés.

La méthode de dissertation en philosophie t’aide à développer chaque argument. Tu peux ensuite travailler la transition entre deux parties pour expliquer pourquoi le raisonnement doit avancer. Si tu veux examiner les motifs d’un refus d’obéir, la page Peut-on désobéir par devoir ? approfondit cette autre question.

Exercice corrigé sur une règle de partage

Reprenons la situation inventée de la réserve d’eau. Une autorité impose à chaque groupe la même limite de prélèvement et fait respecter cette limite. Après un changement de responsable, elle accorde alors une quantité supplémentaire aux proches du dirigeant. Ceux qui critiquent cette décision sont punis. Tu peux rédiger un paragraphe qui explique ce que la première règle garantit, puis un autre qui examine la seconde décision.

La correction

La première règle réduit le risque qu’un groupe prenne l’eau des autres. Chacun peut prévoir une part et a moins de raisons d’attaquer préventivement. Cet effet rejoint l’argument de Hobbes sur la garantie des engagements. Cependant, tu dois aussi examiner si la même limite répond aux besoins des deux groupes, car une règle identique peut avoir des effets différents selon leurs situations.

La seconde décision favorise les proches du dirigeant selon leur relation personnelle avec lui. Tu peux alors discuter sa légitimité à partir de l’intérêt commun chez Rousseau. La punition des critiques pose également le problème de la liberté de juger que Spinoza examine. Le besoin de protection conduit ainsi à demander quelles règles et quels contrôles empêchent les responsables d’utiliser le pouvoir pour leur avantage.

Tu peux comparer tes deux paragraphes avec le diagnostic gratuit de méthode. Si tu as seulement nommé les auteurs, reprends la phrase qui explique le lien entre leur argument et la situation. Pour étudier comment un raisonnement se développe dans une copie entière, le recueil de cinq dissertations corrigées présente aussi le travail au brouillon.

Questions fréquentes

Ce qu’il faut retenir avant de commencer

Pourquoi avons-nous besoin d’un État ?

Un État peut garantir des règles communes et régler les conflits sans que chacun dépende de sa propre force. Hobbes explique ce besoin par l’insécurité qui existe sans pouvoir commun. La justification de l’État demande aussi d’examiner la liberté et la justice des règles qu’il applique, car une autorité peut protéger les personnes ou les dominer.

Quelle différence entre l’État et le gouvernement ?

L’État désigne l’organisation durable du pouvoir politique sur une population et un territoire. Le gouvernement désigne les personnes qui dirigent les affaires publiques pendant une période. Un changement de gouvernement peut donc se produire alors que l’État continue d’exister avec ses institutions.

Comment comparer Hobbes et Rousseau sur l’État ?

Hobbes explique pourquoi les individus cherchent une autorité commune capable de garantir la paix. Rousseau demande comment leur association peut protéger chacun tout en lui conservant une liberté. Tu peux ainsi passer du besoin de sécurité aux conditions qui rendent les lois légitimes, sans réduire les deux auteurs à une opposition entre violence et bonté naturelles.

L’État est-il une notion du programme technologique ?

L’État figure parmi les dix-sept notions de terminale générale. Le programme technologique compte sept notions, parmi lesquelles la justice et la liberté. Tu peux donc y travailler certains arguments de cet article en lien avec ces deux notions, tout en adaptant ton travail au sujet donné par ton professeur.

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