Autoformation

Se former seul à la philosophie, niveau licence

Pour te former seul à la philosophie, tu lis les œuvres et tu reconstruis les arguments que tu y trouves. Un exercice écrit chaque semaine permet ensuite de vérifier ce que tu peux expliquer. Le parcours proposé organise ce travail sur douze semaines. Tu pourras observer tes progrès dans l’analyse d’un texte et la construction d’un problème. Le diplôme de licence demande toutefois de suivre un cursus et de réussir ses évaluations.

  • Étudiant autonome
  • Après le bac
  • Reprise d’études

Les compétences à travailler au niveau licence

Le référentiel national de la licence de philosophie décrit des capacités que tu dois pouvoir montrer dans un travail écrit. Tu apprends à construire un problème et à situer la question dans l’histoire des idées. L’analyse d’un texte permet ensuite de reconstruire une argumentation et d’en examiner les raisons. Tes lectures deviennent donc utiles lorsque tu peux effectuer ce travail avec les textes étudiés.

Une université propose des cours et des travaux dirigés. De plus, la réussite aux examens corrigés par des enseignants permet d’obtenir le diplôme. Tu peux reprendre une partie de cette organisation pour travailler seul. À Nantes, la licence représente environ vingt heures de cours et vingt heures de travail personnel chaque semaine. Le parcours proposé ici demande moins de temps. Chaque lecture doit cependant aboutir à un travail écrit, afin que tu puisses vérifier ce que tu as compris.

Je te conseille donc de viser quatre compétences observables. D’abord, tu dois reformuler la thèse d’un texte sans la réduire à son thème. Ensuite, tu dois suivre ses arguments et repérer leur articulation. Tu apprends aussi à définir les termes d’une question avant d’y répondre. Enfin, tu construis un paragraphe qui justifie une réponse. Son exemple doit montrer comment le raisonnement fonctionne, tandis qu’une objection permet d’en examiner la limite.

Compare les réponses de trois auteurs

Une erreur fréquente consiste à lire vingt auteurs en quelques semaines. Cette accumulation donne des souvenirs isolés, alors que la philosophie demande des relations. Je te propose de lire Platon, puis de comparer ses réponses à celles d’Aristote. Pascal permettra ensuite de discuter les limites de la raison. Leurs textes permettent de comparer plusieurs manières de poser une question et d’y répondre. Tu élargiras ensuite les lectures selon les difficultés rencontrées.

Les dialogues de Platon montrent comment examiner une opinion. La recherche d’une définition permet alors de préciser ce qu’on affirme et ce qui rend cette affirmation vraie. Aristote apprend ensuite à distinguer et à classer. Il part de l’expérience pour déterminer les causes d’une chose. Pascal met enfin à l’épreuve la prétention de la raison à tout maîtriser. Tu peux ensuite comparer ce que chaque auteur attend de la raison pour répondre à une question.

Tu peux comparer chaque nouvel auteur à ceux que tu as déjà étudiés. Descartes prolonge par exemple la recherche d’une méthode sûre, tandis que Hume oblige à examiner ce que l’expérience permet réellement d’affirmer. Kant examine ensuite les difficultés rencontrées par les doctrines qui fondent la connaissance sur la raison et par celles qui la fondent sur l’expérience. Tu comprends ainsi ce que chaque réponse apporte à une question et pourquoi un autre auteur la discute.

Ton programme de douze semaines

Le parcours suivant demande quatre à six heures hebdomadaires. Il ne copie pas le programme d’une université précise. Les livrets de Lyon 3 et la formation à distance d’Aix-Marseille montrent d’ailleurs que le contenu varie selon les établissements, même si la dissertation et l’explication de texte restent centrales. Ce parcours construit donc les gestes communs avant la spécialisation.

  1. 01

    Semaines 1 à 3 : lire et reconstruire

    Tu étudies un dialogue court de Platon, puis deux passages d’Aristote. Pour chaque texte, tu formules d’abord la question et la thèse. Ensuite, distingue les étapes de l’argument, puis note une difficulté. À la fin de la troisième semaine, explique un passage en 600 mots sans consulter ton commentaire pendant la rédaction.

  2. 02

    Semaines 4 à 6 : comparer des réponses

    Tu étudies plusieurs fragments des Pensées de Pascal sur la raison ou l’imagination. Le divertissement peut aussi devenir une question de lecture. Tu peux ainsi relier chaque fragment à une distinction déjà rencontrée. Rédige ensuite deux paragraphes qui opposent Pascal à Platon ou à Aristote sur un problème précis.

  3. 03

    Semaines 7 à 9 : construire un problème

    Tu choisis une question, par exemple « La raison suffit-elle pour connaître la vérité ? ». Tu définis les termes avant de formuler une première réponse. Une objection permet ensuite de trouver la difficulté du sujet. Prépare enfin un plan dans lequel chaque partie transforme la difficulté au lieu de juxtaposer trois opinions.

  4. 04

    Semaines 10 à 12 : écrire et corriger

    Tu rédiges une explication de texte, puis une dissertation complète. La relecture reprend deux jours après la rédaction. Tu peux alors contrôler le problème et les définitions. Une deuxième lecture examine les arguments et leurs exemples. Enfin, une troisième vérifie les transitions et la réponse finale. La dernière semaine sert à réécrire le passage le plus faible.

Ce calendrier reste adaptable. Si tu disposes de deux heures par semaine, étends chaque bloc sur six semaines. En revanche, garde les productions écrites. En effet, une lecture sans restitution peut donner l’impression de comprendre, mais cette impression disparaît souvent lorsqu’il faut expliquer le raisonnement avec ses propres mots.

Une semaine de travail en quatre séances

La première séance dure environ une heure. Tu lis un passage court une première fois sans prendre de notes, puis une deuxième fois en marquant les articulations. La troisième lecture sert à écrire une phrase pour chaque mouvement. Ainsi, tu suis la progression du texte au lieu de collectionner les mots difficiles.

La deuxième séance produit une fiche de lecture. Une bonne fiche indique d’abord le contexte nécessaire, puis le problème traité. Elle formule ensuite la thèse et reconstruit les arguments. Enfin, elle définit les concepts dans le sens exact que leur donne l’auteur. Cette fiche tient sur deux pages. Elle reste donc assez courte pour obliger à choisir ce qui compte.

La troisième séance transforme la lecture en exercice. Une semaine sur deux, tu rédiges l’explication d’un passage. Ensuite, tu construis un problème et un plan de dissertation à partir d’une question liée au texte. L’explication te demande de suivre le raisonnement de l’auteur. La dissertation t’oblige ensuite à choisir les connaissances qui répondent à ta question. Tu vérifies ainsi que les références étudiées servent une réponse justifiée.

La dernière séance alimente un journal de progression. D’abord, tu y conserves la date et le texte étudié. Ensuite, tu notes la production terminée et une difficulté. Tu ajoutes une règle de travail pour la semaine suivante. Par exemple, « je dois annoncer la fonction de chaque argument » devient un objectif contrôlable. En revanche, « je dois mieux écrire » reste trop vague pour orienter le travail.

Comment faire une fiche de lecture utile

Ta fiche commence par la question du passage. Un texte sur la justice peut chercher à définir la justice, mais il peut aussi examiner pourquoi une loi oblige ou comment une cité devient légitime. Le thème ne suffit donc pas. La question précise détermine ce que tu dois retenir.

Tu reconstruis ensuite les étapes dans l’ordre où l’auteur les présente. Il peut partir d’une affirmation, donner une raison, puis examiner une objection avant de tirer une conséquence. Un autre passage commencera par une distinction ou un exemple. Ta fiche suit donc les mouvements présents dans le texte. Pour chaque étape, tu expliques ce que fait l’auteur et pourquoi cette étape prépare la suivante. Si tu trouves toi-même une objection, tu la notes séparément en précisant qu’elle vient de ta réflexion. Tu pourras ainsi comparer ton jugement au raisonnement de l’auteur.

La dernière partie précise les concepts. Pour chaque concept, tu écris sa signification dans ce passage, puis tu le compares à une notion voisine. Ainsi, « liberté » peut désigner l’absence de contrainte, l’autonomie ou le pouvoir politique. La fiche devient alors un outil de comparaison entre les textes. Tu peux alors vérifier si deux auteurs donnent le même sens au terme qu’ils emploient.

Un exercice corrigé d’analyse argumentative

Le raisonnement à examiner est le suivant. « Une opinion sincère mérite le respect, donc elle ne peut pas être fausse. » Tu formules d’abord la thèse, puis tu reconstruis l’argument qui la soutient. Tu pourras alors expliquer l’erreur du raisonnement. Écris ensuite une objection en quatre phrases. Cette tâche demande environ vingt minutes.

Une réponse insuffisante affirme seulement que tout le monde peut se tromper. Elle donne une conclusion plausible, mais elle n’explique pas le défaut du raisonnement. De plus, elle confond le respect dû à la personne avec l’évaluation de son jugement. La correction doit donc expliquer pourquoi le respect d’une personne et la vérité de son jugement demandent des justifications différentes.

Une correction plus solide avance par étapes. La thèse affirme d’abord qu’une opinion sincère ne peut pas être fausse. L’argument suppose ensuite que le respect accordé à une personne rend son opinion vraie. Pourtant, le respect concerne la personne et son droit à s’exprimer, tandis que la vérité concerne la validité de ce qu’elle affirme. Une personne peut donc parler avec sincérité et commettre une erreur. L’objection conserve ainsi le respect sans transformer la conviction en preuve.

Tu peux prolonger l’exercice avec une réponse. En effet, la sincérité indique que la personne croit ce qu’elle dit. Toutefois, elle ne fournit aucune garantie suffisante sur l’objet de cette croyance. Il faut donc examiner les raisons avancées et les comparer aux faits connus. Tu peux aussi vérifier si la conclusion découle des arguments. Ta réponse explique alors comment examiner une opinion pour juger si elle est vraie.

Mesure tes progrès avec des preuves écrites

Au début du parcours, conserve un texte témoin. Rédige pendant quarante-cinq minutes une réponse à la question « Peut-on penser par soi-même sans apprendre des autres ? ». Ensuite, tu reprendras exactement la même consigne douze semaines plus tard. La comparaison doit alors porter sur des critères précis plutôt que sur une impression générale.

Tu vérifies d’abord si les termes sont définis. Tu examines ensuite la difficulté qui apparaît entre deux réponses raisonnables. Dans chaque paragraphe, la thèse est soulignée pour retrouver l’argument qui la justifie. La dernière lecture contrôle la fonction de l’exemple et la réponse donnée en conclusion. Une copie plus longue ne prouve pas une progression. Une copie mieux articulée, dans laquelle chaque étape peut être justifiée, fournit un indice plus solide.

L’absence de professeur reste toutefois une limite réelle. Une personne formée peut relire ponctuellement ton travail. Tu peux aussi discuter un texte dans un groupe de lecture. Une licence à distance devient une autre possibilité si tu souhaites suivre un cursus. Aix-Marseille propose par exemple une licence de philosophie à distance avec des cours en ligne. Un forum et des visioconférences permettent aussi de participer aux échanges. La plupart des examens se déroulent toutefois sur place. Cette solution permet donc de suivre un cursus diplômant et de faire évaluer tes travaux par des enseignants.

Les trois erreurs qui ralentissent le plus

La première erreur consiste à choisir uniquement des œuvres réputées difficiles. En effet, un texte inaccessible ne forme pas davantage parce qu’il résiste. Il vaut donc mieux étudier dix pages dont tu peux reconstruire l’argument que parcourir cent pages sans pouvoir expliquer leur fonction. La difficulté doit augmenter avec ta méthode.

La deuxième erreur est de remplacer la lecture par des vidéos ou des résumés. Ces ressources peuvent préparer un texte ou éclairer un passage, mais elles présentent déjà un chemin d’interprétation. Tu dois donc revenir au texte de première main et vérifier si tu retrouves toi-même la question, la thèse et les arguments.

La troisième erreur est d’attendre plusieurs mois avant d’écrire. En effet, le référentiel de licence demande de savoir analyser un texte et construire une argumentation. Tu développes ces compétences par des productions régulières. Ainsi, une page rédigée chaque semaine t’apprend davantage sur tes difficultés qu’un cahier rempli de citations.

Les ressources à utiliser maintenant

Tu peux d’abord revoir les gestes de la philosophie générale. Les pages consacrées au problème, au concept et à l’argument donnent une base commune. Ensuite, la méthode de l’explication de texte et la méthode de la dissertation transforment ces gestes en exercices complets. Enfin, la page sur la licence de philosophie te permet de comparer ce parcours autonome avec l’organisation réelle d’une L1.

Tu peux choisir ton prochain texte avec la sélection de livres et podcasts pour continuer après le bac. Les passages indiqués permettent de commencer par une question qui t’intéresse.

Sources utilisées

Questions fréquentes

Ce qu’il faut retenir avant de commencer

Peut-on atteindre seul un niveau licence en philosophie ?

Tu peux apprendre seul à analyser un texte. Tu peux aussi travailler la problématisation et l’argumentation. En revanche, l’autoformation ne délivre pas de diplôme. De plus, elle ne remplace pas les retours réguliers d’un enseignant sur tes travaux.

Combien d’heures faut-il travailler chaque semaine ?

Un premier parcours réaliste demande quatre à six heures par semaine pendant douze semaines. D’abord, tu lis un texte. Ensuite, tu prépares une fiche et un exercice écrit. Ainsi, une pratique régulière installe progressivement la méthode.

Quels philosophes lire en premier ?

Tu peux commencer par un dialogue de Platon, puis comparer sa réponse à un passage d’Aristote. Les Pensées de Pascal permettent ensuite d’examiner les limites de la raison. Tu peux poursuivre avec Descartes. Hume ou Kant permettent aussi de comparer les réponses selon la question que tu travailles.

Comment savoir si l’on progresse sans professeur ?

Une production datée chaque semaine permet d’utiliser la même grille de relecture. Tu vérifies d’abord si tu identifies mieux la thèse du texte. Tu examines ensuite tes définitions et les raisons que tu développes. Un devoir relu par un tiers reste toutefois utile à intervalles réguliers.

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