Un élève explique qu’il parle avec son accent depuis toujours. Il en conclut que cet accent est inné. Tu peux comprendre son impression, car il parle sans préparer chaque son. Mais son souvenir commence après ses premiers apprentissages. Tu dois donc rechercher comment il a appris à parler pour expliquer son accent.
Je suis Julien, professeur de philosophie. Je te propose de partir de situations ordinaires, puis de comprendre les raisons du désaccord entre Locke et Leibniz. Tu pourras ensuite utiliser cette distinction dans un argument sur l’éducation.
Que désignent l’inné et l’acquis ?
L’inné désigne ce qu’un être possède par sa nature, indépendamment d’un apprentissage. Dans une première définition, tu peux penser à ce qui lui est donné dès la naissance. Mais certains philosophes parlent aussi de dispositions innées dont l’exercice demande du temps. Une disposition est ici une capacité ou une tendance qui peut se manifester dans certaines conditions. Le mot inné demande donc que tu précises ce qui serait déjà présent.
L’acquis correspond à ce qu’une personne développe par l’expérience ou l’éducation. Un enfant apprend par exemple à lire en associant des signes écrits à des sons et à du sens. Il reconnaît progressivement les mots, puis comprend des phrases qu’il rencontrait d’abord avec difficulté. Tu peux ainsi expliquer une compétence acquise en montrant les étapes de son apprentissage.
La distinction porte sur l’origine d’une capacité ou d’un comportement. En revanche, la différence entre volontaire et involontaire concerne la manière dont une action se produit. Tu peux acquérir un accent sans avoir décidé de l’apprendre. Une compétence acquise peut donc résulter d’un apprentissage dont tu gardes peu de souvenirs.
Pourquoi une habitude peut-elle sembler naturelle ?
Dans mes notes de cours sur la nature, l’exemple du repas permet de distinguer le besoin et l’habitude. Tu as besoin de te nourrir, mais l’horaire auquel tu déjeunes dépend aussi de ton organisation quotidienne. Une famille qui mange régulièrement à midi familiarise l’enfant avec cet horaire. La répétition peut alors lui faire considérer cette manière de vivre comme une évidence.
Le besoin de manger et l’horaire du déjeuner demandent donc des explications différentes. En effet, le besoin de manger concerne l’organisme vivant, tandis que l’horaire du repas dépend aussi des usages d’un groupe. Si tu changes de pays ou d’emploi du temps, tu peux rencontrer d’autres horaires. Tu comprends ainsi pourquoi le sentiment que quelque chose est naturel demande un examen de son origine.
On parle parfois de seconde nature pour désigner une habitude devenue familière. Par exemple, dans une situation inventée, une pianiste expérimentée joue un passage qu’elle a longtemps travaillé. Ses doigts retrouvent les notes sans qu’elle nomme chacune d’elles. Cette aisance résulte pourtant d’exercices répétés. Pour qualifier son jeu d’inné, tu aurais besoin d’autres raisons que sa facilité présente.
Le spontané désigne ici ce qui se fait sans préparation réfléchie au moment de l’action. Tu peux donc être spontané grâce à une habitude acquise. Cette distinction évite de transformer une impression en preuve, ce que prolonge le sujet sur ce qui est naturel et ce qui est bon.
Locke fait venir les idées de l’expérience
La question se précise lorsque tu examines l’origine de tes connaissances. Dans le livre II, chapitre I de l’Essai philosophique concernant l’entendement humain, Locke cherche d’où viennent les idées présentes dans l’esprit. Une idée désigne ici ce sur quoi porte une pensée, comme la couleur blanche ou le fait de douter. Il distingue donc deux sources, car tu peux faire l’expérience des objets et de ce qui se passe dans ton esprit.
La sensation correspond à ce que les sens nous font percevoir des objets. Par exemple, tu peux découvrir une saveur en goûtant un aliment. Tu acquiers alors une idée de cette saveur par l’expérience. Le nom écrit sur l’emballage peut te renseigner sur l’aliment, tandis que la dégustation te fait éprouver son goût.
La réflexion concerne l’attention que l’esprit porte à ses propres opérations. Lorsque tu hésites entre deux réponses, tu peux prendre conscience de ton doute. Tu acquiers alors l’idée de cette opération, car tu observes ce qui se passe dans ton esprit. Pour Locke, l’expérience comprend donc ce que tu perçois au-dehors et cette observation intérieure.
Son explication suppose un esprit capable de recevoir des idées et de travailler sur elles. Tu dois distinguer cette capacité et les idées dont il cherche l’origine. Sa comparaison avec une table rase signifie que les idées proviennent de l’expérience. Une table rase est une surface d’écriture encore vide. Tu peux donc retenir que l’esprit acquiert ses idées par l’expérience, puis les compare ou les associe pour penser.
Tu peux utiliser Locke pour défendre le rôle de l’expérience dans l’apprentissage. Mais tu dois conserver sa distinction entre sensation et réflexion. Si tu écris seulement que tout vient des objets extérieurs, tu supprimes la seconde source qu’il explique au paragraphe 4 du chapitre.
Leibniz distingue une disposition innée et une connaissance consciente
Leibniz discute cette origine des connaissances dans la préface des Nouveaux essais sur l’entendement humain. Il reconnaît le rôle des sens, mais il examine ce qui permet de comprendre une vérité nécessaire. Une vérité est nécessaire lorsque son contraire est impossible, compte tenu des principes en question. Tu peux donc distinguer une démonstration arithmétique et le simple constat que plusieurs calculs particuliers ont réussi.
Des exemples répétés montrent ce qui s’est produit dans les cas observés. En revanche, ils laissent à justifier pourquoi un résultat devrait être vrai dans tous les cas. Leibniz estime donc que les vérités nécessaires demandent des principes que la raison découvre en elle-même. L’expérience donne l’occasion d’y penser, tandis que la démonstration en établit la nécessité.
Pour expliquer l’inné, Leibniz compare l’esprit à un marbre dont les veines favorisent une figure. La pierre porte déjà une organisation qui la dispose à recevoir cette figure plutôt qu’une autre. Mais le sculpteur doit encore travailler pour la faire apparaître. Tu comprends ainsi comment une disposition peut précéder le travail qui la développe. Cette image appartient au texte de Leibniz.
Tu peux alors distinguer deux affirmations. Une connaissance serait déjà présente comme une réponse consciente que l’enfant pourrait réciter. Ou bien elle serait présente sous la forme d’une disposition dont l’exercice permet la découverte. Leibniz défend cette seconde manière de comprendre les idées innées, car il distingue une disposition et son exercice. L’attention permet alors de découvrir ce qui était présent sans être clairement connu.
Leibniz reprend aussi la réflexion que Locke reconnaît comme source d’idées. Il la comprend comme une attention à ce que l’esprit possède déjà. Il en tire donc un argument en faveur de l’inné, puisque l’esprit découvre en lui-même ce sur quoi porte son attention. Mais cette lecture appartient à Leibniz. Dans le passage de l’Essai que tu viens d’étudier, Locke présente la réflexion comme une expérience intérieure qui nous donne des idées. Tu peux ainsi identifier leur désaccord sur l’origine de ces idées, même lorsqu’ils parlent tous les deux de réflexion.
Le guide sur le nécessaire et le contingent te permet d’approfondir la différence entre une répétition observée et une nécessité démontrée.
Aristote explique comment l’exercice forme une manière d’agir
La distinction sert aussi à examiner l’éducation morale. Dans le livre II, chapitre I de l’Éthique à Nicomaque, Aristote explique comment nous devenons capables de bien agir. La vertu morale est une disposition à agir convenablement, par exemple avec justice ou courage. Selon Aristote, la nature nous rend capables de recevoir les vertus, puis l’habitude les développe.
Dans son raisonnement, Aristote distingue aussi la possession d’un sens et l’acquisition d’une vertu. Il explique que nous pouvons voir parce que nous possédons déjà la vue. En revanche, la justice se développe par la pratique d’actions justes. Tu peux ainsi suivre la différence entre une faculté dont l’usage est rendu possible par sa possession et une qualité formée dans la manière d’agir.
Il compare cet apprentissage à celui d’un art. On devient musicien en pratiquant la musique. De même, la manière dont nous agissons régulièrement contribue à former notre caractère. Tu peux alors comprendre le lien entre les exercices proposés par une éducation et les habitudes qui se développent.
Mais la qualité de la pratique compte aussi. Aristote précise que la pratique peut former de bons ou de mauvais musiciens, selon la manière de jouer. Dans une situation inventée, un élève qui répète toujours le même passage avec le même rythme faux conserve son erreur. Un professeur peut lui faire ralentir le passage et corriger la durée des notes. Tu dois donc examiner comment on s’exerce quand tu défends le rôle de l’apprentissage.
Tu distingues alors la capacité de se former et la qualité développée par la pratique. Tu peux disposer de la capacité d’apprendre tout en ayant encore un travail à accomplir. Dans le cas du musicien, la répétition lui permet de mémoriser le passage et la correction du professeur l’aide à jouer le rythme attendu.
Comment utiliser cette distinction dans une dissertation ?
Prenons le sujet d’entraînement inventé « L’habitude nous rend-elle meilleurs ? ». Tu peux définir l’habitude comme une manière d’agir développée par la répétition. Mais le mot meilleurs demande de préciser ce qui s’améliore. Par exemple, un musicien peut mieux jouer, tandis qu’une personne peut agir avec davantage de justice. Tu dois expliquer le critère retenu avant de juger les effets de l’habitude.
Une première réponse serait que l’habitude nous rend meilleurs en développant nos compétences. En effet, une personne qui répète un passage musical peut mémoriser les notes et coordonner ses gestes avec davantage de facilité. Elle réalise alors ce qu’elle réussissait difficilement au début. Tu peux expliquer ce progrès par la pratique, en distinguant la capacité d’apprendre et la compétence acquise.
Mais le passage sur Aristote montre que la répétition peut aussi former une mauvaise manière de jouer. Un musicien qui répète le même rythme faux peut devenir plus à l’aise tout en conservant son erreur. Tu dois donc distinguer la facilité d’un geste et sa qualité. Cette difficulté oblige à examiner ce que la personne répète et comment elle corrige sa pratique.
Tu peux alors organiser deux réponses successives. Tu montrerais d’abord comment l’habitude développe une compétence grâce à la répétition. Tu examinerais ensuite pourquoi ce développement améliore la pratique seulement si les gestes répétés correspondent au résultat recherché. Un professeur qui fait corriger le rythme permet au musicien de s’habituer à une autre manière de jouer. L’habitude nous rend ainsi meilleurs lorsque la pratique forme la qualité recherchée. Une aisance acquise peut aussi conserver une erreur.
Ce raisonnement utilise la distinction entre l’inné et l’acquis pour expliquer comment une capacité se développe. Il traite ensuite la qualité de ce développement, car l’origine acquise d’une habitude laisse encore à juger ses effets. La méthode gratuite de dissertation t’aide à construire cette progression à partir du problème du sujet. Les exemples et les deux réponses proposées ici restent une préparation à développer.
Exercice, distinguer une origine et une apparence
Les quatre situations suivantes sont inventées. Pour chacune, tu rédiges deux ou trois phrases qui disent ce que l’observation permet d’établir et ce qui reste à prouver.
- Une élève affirme que son accent est inné parce qu’elle parle sans réfléchir aux sons.
- Un enfant apprend à lire, puis reconnaît les mots d’un livre qu’il rencontrait avec difficulté.
- Un élève explique que, chez Leibniz, une idée innée doit être une phrase connue dès la naissance.
- Un musicien répète un passage en conservant la même erreur, puis affirme que la répétition suffit pour bien jouer.
Lire la correction expliquée
1. Une habitude peut expliquer la spontanéité
Tu observes une manière de parler devenue familière. Mais une habitude acquise peut produire cette spontanéité. Il faudrait donc examiner comment l’élève a appris à parler et quelles voix elle entendait. Sa facilité actuelle suffit à décrire son aisance, tandis que l’origine de son accent demande une autre enquête.
2. La lecture montre un apprentissage
L’enfant développe une compétence en apprenant à reconnaître les mots et à comprendre leur sens. Tu peux donc qualifier cette compétence d’acquise. Mais il faut distinguer les capacités qu’il exerce et sa maîtrise de la lecture. Son progrès permet de constater ce qu’il a appris.
3. Leibniz parle de dispositions à développer
Dans la préface, Leibniz explique les idées innées comme des dispositions ou des virtualités naturelles. Une virtualité est ici ce qui peut se manifester sans être encore clairement connu. Tu peux donc reprendre le marbre dont les veines favorisent une figure. Mais le travail qui fait apparaître cette figure reste nécessaire, comme l’attention dans sa comparaison.
4. La manière de pratiquer modifie le résultat
Chez Aristote, la pratique peut former une bonne ou une mauvaise manière de jouer. Tu dois donc examiner les gestes répétés et les corrections reçues. En effet, le musicien conserve son erreur tant qu’il répète le même rythme. Une pratique corrigée lui permettrait de développer une autre habitude.
Tu peux reprendre cette distinction dans ton cours sur la nature
Dans ton prochain paragraphe, tu peux nommer ce qui serait inné et montrer ce que l’expérience développe. Tu vérifies ensuite la raison qui permet de distinguer les deux. Le cours gratuit de logique t’aide à contrôler le passage d’un exemple à une conclusion générale.
Si tu cherches un support pour réviser les problèmes liés à la nature, la carte mentale sur la nature rassemble ses explications sur une grande page. Tu peux consulter l’aperçu avant de choisir ce support. La méthode et l’exercice de cette page restent gratuits.
Sources et place de la distinction au lycée
Les programmes de terminale générale et technologique de 2019 donnent une liste de repères qui ne comporte pas le couple inné/acquis. La distinction reste utile pour étudier la nature et l’éducation. Tu l’emploies donc pour traiter le problème rencontré, en suivant ce que ton cours permet d’expliquer.
- Programme de terminale générale, section des repères.
- Programme de terminale technologique, section des repères.
- Locke, Essai philosophique concernant l’entendement humain, livre II, chapitre I, paragraphes 1 à 5, traduction Pierre Coste.
- Dans la préface des Nouveaux essais sur l’entendement humain, Leibniz explique les vérités nécessaires et la comparaison du marbre.
- Aristote, Éthique à Nicomaque, publiée sous le titre Morale à Nicomaque, livre II, chapitre I, paragraphes 1 à 7, traduction Jules Barthélemy-Saint-Hilaire.