Dans une situation inventée, tu interroges quatre camarades et tous disent aimer les débats. Tu écris ensuite que tous les élèves de terminale aiment débattre. Ton observation porte pourtant sur quatre personnes. La conclusion étend leur réponse à des élèves que tu as laissés hors de ton enquête. Tu dois donc justifier ce passage avant de conserver le mot tous.
Je suis Julien, professeur de philosophie. Quand tu lis tous ou certains dans un texte, tu peux vérifier quels cas l’auteur inclut dans son affirmation. Tu peux également faire le même contrôle sur ton propre argument.
Le repère universel/général/particulier/singulier figure dans les programmes de terminale générale et technologique. Les exemples de classe et les exercices de cette page sont inventés pour expliquer son usage.
Que désignent les quatre termes du repère ?
L’universel concerne tous les cas de l’ensemble choisi
Une affirmation universelle porte sur chaque élément d’un ensemble, sans exception. Par exemple, dans une classe fictive de trente élèves, tu peux affirmer que tous les élèves présents ont rendu leur copie. Tu dois alors avoir vérifié chacune des copies attendues. Une seule personne présente qui garde la sienne suffit à rendre cette affirmation fausse.
Une proposition négative peut aussi être universelle. La phrase « Aucun carré n’a trois côtés » exclut cette propriété pour chacun des carrés. Tu examines donc tous les membres de la catégorie, même quand tu affirmes qu’aucun ne possède une propriété.
Tu précises donc d’abord l’ensemble considéré. Une proposition universelle peut concerner les élèves d’une classe à un moment donné. Elle peut aussi concerner tous les êtres humains. Son étendue dépend de ce dont tu parles. Le mot universel indique que tu prends tous les cas à l’intérieur de cet ensemble.
La forme universelle laisse encore à examiner la vérité de la proposition. Tu peux écrire que tous les élèves présents ont rendu leur copie et te tromper sur l’un d’eux. Ton affirmation reste universelle par sa forme, car elle les concerne tous. L’observation permettra ensuite de savoir si elle est vraie.
Le général décrit souvent ce qui arrive le plus souvent
Dans le sens qui l’oppose à l’universel, le général concerne la plupart des cas. Par exemple, dans la même classe inventée, vingt-six élèves sur trente prennent le bus. Tu peux donc dire que les élèves de cette classe prennent généralement le bus. Les quatre autres utilisent un autre moyen de transport. Ces quatre exceptions restent compatibles avec ce que tu affirmes.
Mais le mot général possède aussi un sens lié au genre, c’est-à-dire une catégorie qui regroupe plusieurs espèces ou plusieurs types de choses. Un concept général, comme celui d’animal, peut ainsi s’appliquer à des êtres différents. Dans cet emploi, général désigne ce qui est commun aux membres du genre. Par exemple, tous les êtres humains sont des êtres vivants. La propriété est générale au sens où elle concerne le genre humain. La proposition est également universelle, puisqu’elle concerne chaque être humain. Tu vérifies le sens du mot dans le passage étudié, car il peut désigner une catégorie commune ou une fréquence élevée.
Le particulier concerne au moins un cas
Dans une proposition logique, le particulier concerne au moins un membre de l’ensemble considéré. Par exemple, quelques élèves d’une classe pratiquent le théâtre. Tu affirmes quelque chose à propos de ces élèves. Mais tu laisses ouverte la situation des autres, tant que tu n’ajoutes aucune précision.
En logique, certains signifie au moins un. Si tu sais que Léa pratique le théâtre, tu peux affirmer que certains élèves de sa classe pratiquent le théâtre. Cette affirmation reste pourtant vraie même si tu découvres ensuite que toute la classe en fait. Pour dire qu’une partie seulement pratique le théâtre, tu dois également préciser qu’au moins un autre élève n’en fait pas.
Dans la langue courante, particulier peut également désigner ce qui est propre à une personne ou à un groupe. Tu peux ainsi parler d’une coutume particulière à une région. Le terme attire alors l’attention sur une caractéristique de ce groupe. Son sens se précise avec ce que tu cherches à distinguer.
Le singulier désigne cet individu déterminé
Le singulier concerne un individu que tu identifies. La phrase « Léa a rendu sa copie » est singulière si Léa désigne une élève déterminée. Elle porte sur cette personne, même si plusieurs autres élèves ont aussi rendu leur copie.
Tu distingues donc l’individu dont tu parles et la propriété que tu lui attribues. En effet, Léa reste un individu singulier lorsqu’elle possède une caractéristique partagée avec ses camarades. Dans un autre emploi, tu peux qualifier son parcours de singulier pour insister sur ce qui le distingue. Le sens logique du mot demande seulement que la proposition concerne cet individu.
Pourquoi l’ensemble choisi change-t-il la réponse ?
Une même propriété peut concerner toute une catégorie et seulement une partie d’une catégorie plus large. Prenons les figures de géométrie plane. Tous les carrés possèdent quatre côtés. L’affirmation est universelle lorsque tu considères les carrés. Parmi les figures planes, en revanche, certaines ont quatre côtés et d’autres en ont trois. La propriété concerne alors une partie de cet ensemble plus large.
Tu peux donc affirmer quelque chose de tous les membres d’un groupe, même lorsque ce groupe appartient à un ensemble plus vaste. Par exemple, la phrase « Tous les élèves de terminale A ont rendu leur copie » reste universelle à propos de cette classe. Dans l’ensemble du lycée, la terminale A constitue un groupe particulier. Tu dois préciser si tu examines la proposition ou la place du groupe.
Cette distinction permet également de séparer l’universel et le nécessaire. Le mot universel indique combien de cas sont concernés. Le nécessaire désigne ce dont le contraire est impossible, compte tenu des principes retenus. Par exemple, dans une situation inventée, tous les élèves présents portent aujourd’hui une veste. L’affirmation peut être vraie de chacun d’eux, alors qu’ils auraient pu choisir un autre vêtement. Tu peux approfondir cette différence avec le guide sur le nécessaire et le contingent.
Aristote distingue un terme commun et une proposition universelle
Dans le chapitre VII de De l’interprétation, Aristote examine les propositions, c’est-à-dire les énoncés qui affirment ou nient quelque chose. Il distingue ce qui peut être attribué à plusieurs individus et ce qui désigne un individu. Le terme homme peut s’appliquer à plusieurs personnes. Callias, dans son exemple, désigne une personne déterminée. Tu peux ainsi distinguer le terme commun et l’individu auquel il s’applique.
Aristote examine ensuite la manière dont tu emploies ce terme dans une proposition. Avec tous, tu étends l’affirmation à chaque membre de l’ensemble. Avec certains, tu affirmes qu’au moins un membre possède la propriété. Le même terme peut donc apparaître dans des propositions dont l’étendue diffère. Tu dois examiner la phrase entière pour savoir ce qu’elle affirme.
Cette différence explique le rôle du contre-exemple. Un contre-exemple est un cas qui contredit une affirmation. Par exemple, si tu soutiens que tous les élèves de la classe prennent le bus, Léa qui vient à pied contredit ton affirmation. Tu établis alors qu’au moins une élève de cette classe utilise un autre moyen de transport.
Mais cette découverte laisse encore ouverte la situation des autres élèves. Certains peuvent prendre le bus. Les phrases « Tous les élèves de la classe prennent le bus » et « Aucun élève de la classe ne prend le bus » sont contraires. Elles peuvent être fausses toutes les deux, mais elles ne peuvent pas être vraies ensemble. La classe où vingt-six élèves sur trente prennent le bus le montre. En effet, la première phrase est fausse pour les quatre élèves qui se déplacent autrement. La seconde est fausse, puisqu’elle exclut les vingt-six élèves qui prennent le bus.
Les phrases « Tous les élèves de la classe prennent le bus » et « Au moins un élève de la classe ne prend pas le bus » sont contradictoires. L’une est vraie et l’autre fausse, car la seconde nie exactement la première. Le trajet de Léa à pied rend donc vraie la seconde et fausse la première. Aristote distingue ces deux oppositions dans le chapitre VII. Pour justifier la phrase qui affirme qu’aucun élève ne prend le bus, tu dois exclure ce trajet pour chaque élève.
Comment reconnaître une généralisation abusive ?
Une généralisation étend à un ensemble ce que tu as observé dans certains cas. Elle devient abusive lorsque les raisons avancées justifient une conclusion plus limitée que celle que tu poses. Par exemple, dans l’enquête auprès des quatre camarades, tu connais leur réponse à propos du débat. Mais leur préférence laisse inconnue celle des autres élèves de terminale.
La phrase « Les élèves aiment débattre » laisse aussi une ambiguïté. Tu peux y entendre une affirmation sur tous les élèves ou une tendance majoritaire. Le mot élèves indique de qui tu parles, mais la phrase laisse à préciser combien sont concernés. Aristote examine cette difficulté lorsqu’un terme commun apparaît dans une proposition sans le mot tout. Tu peux donc ajouter tous, la plupart ou certains selon ce que tu es en mesure de justifier.
Tu peux corriger la phrase en nommant ce que ton enquête établit. Les quatre camarades interrogés aiment débattre. Si tu veux étudier une tendance plus large, il faudra examiner comment les personnes ont été choisies et combien ont répondu. Un groupe composé uniquement de membres du club de débat donnerait par exemple une image différente d’un groupe choisi dans plusieurs classes. Tu expliques ainsi pourquoi la méthode d’enquête modifie la conclusion possible.
Un contre-exemple et un exemple favorable jouent donc des rôles différents. Par exemple, un élève qui déteste débattre suffit à contredire la phrase qui attribue ce goût à tous les élèves. Un élève qui aime débattre prouve seulement qu’au moins un l’apprécie. La page sur la preuve d’une théorie scientifique développe cette difficulté dans l’étude des sciences.
Tu conserves aussi le domaine annoncé. Une personne qui a quitté le lycée depuis dix ans appartient à un autre ensemble que celui des élèves de terminale actuels. Son exemple peut suggérer une question, mais il réfute l’affirmation seulement s’il correspond à ce qu’elle prétend décrire.
Pourquoi une exigence universelle peut-elle être transgressée ?
En morale, une règle peut prétendre obliger tous les êtres raisonnables, même lorsque des personnes agissent autrement. Tu distingues alors une affirmation sur ce qui arrive et une exigence sur ce qui doit être fait. Le nombre de personnes qui respectent une règle décrit une pratique. Tu dois ensuite expliquer pourquoi chacun devrait respecter cette exigence, y compris lorsqu’il préfère agir autrement.
Dans la deuxième section des Fondements de la métaphysique des mœurs, Kant examine la maxime d’une action. Une maxime est la règle que tu te donnes pour agir. Il demande ensuite si tu peux vouloir que cette règle devienne une loi universelle. Tu examines donc ce que deviendrait l’action si chacun pouvait agir selon cette règle.
Kant prend l’exemple d’une personne qui emprunte de l’argent en promettant de le rendre, tout en ayant décidé de le garder. Si chacun pouvait employer cette fausse promesse lorsqu’il a besoin d’argent, les prêteurs cesseraient de croire cet engagement. La personne cherche pourtant à obtenir l’argent grâce à cette confiance. La règle généralisée rend donc impossible le moyen dont elle voulait se servir.
Tu comprends ainsi pourquoi une transgression et une réfutation demandent des raisonnements différents. Par exemple, une personne qui garde l’argent montre qu’un engagement peut être trahi. Pour discuter l’exigence morale, tu dois examiner sa justification. La page sur ce qui existe en fait et ce qui est exigé en droit développe cette distinction.
Comment employer ce repère dans ta dissertation ?
Prenons le sujet d’entraînement inventé « Un exemple suffit-il pour justifier une affirmation ? ». Tu dois d’abord préciser l’étendue de l’affirmation. Si tu affirmes que certains élèves aiment débattre, un cas vérifié suffit à établir l’existence annoncée. Tu disposes donc d’un exemple qui justifie cette conclusion particulière.
Mais si tu affirmes que tous les élèves aiment débattre, le même cas laisse la préférence des autres inconnue. La difficulté vient donc du passage d’un individu à l’ensemble. Tu peux formuler le problème ainsi. À quelles conditions un cas permet-il de justifier une affirmation qui concerne aussi d’autres cas ?
Tu développerais d’abord ce qu’un exemple établit par lui-même, en montrant pourquoi un cas vérifié permet d’affirmer une possibilité réelle. Tu examinerais ensuite les raisons supplémentaires nécessaires pour étendre la conclusion à tous. Une démonstration peut par exemple expliquer pourquoi une propriété appartient à tout carré à partir de sa définition. Le raisonnement justifie alors cette extension.
Ces pistes restent une préparation à développer. La méthode gratuite de dissertation t’aide à construire les arguments et à expliquer la difficulté qui impose le passage à la réponse suivante.
Exercice, préciser la portée de cinq affirmations
Les situations suivantes sont inventées. Pour chacune, tu identifies l’ensemble concerné, puis tu expliques ce que la phrase permet de conclure. Si le raisonnement dépasse ce que les faits établissent, tu le corriges.
- Dans une classe de trente élèves, vingt-six prennent le bus. Un élève affirme que tous le prennent.
- Léa pratique le théâtre. Tu en conclus que certains élèves de sa classe pratiquent le théâtre.
- Tous les carrés ont quatre côtés. Un élève qualifie cette proposition de particulière parce que les carrés font partie des figures planes.
- La phrase « Léa a rendu sa copie » serait universelle parce que tous ses camarades ont aussi rendu la leur.
- Une personne ment. Tu en conclus que toute exigence universelle de sincérité est réfutée.
Lire la correction expliquée
1. La plupart des élèves prennent le bus
Tu observes une majorité de vingt-six élèves dans une classe de trente. L’affirmation générale est justifiée pour cette classe. La phrase qui attribue ce trajet à tous est fausse, car quatre élèves utilisent un autre moyen de transport. Tu peux donc écrire que les élèves de cette classe prennent généralement le bus.
2. Un cas établit l’existence annoncée
Léa appartient à la classe et pratique le théâtre. Tu peux donc conclure qu’au moins une élève de cette classe en fait. Le mot certains convient à cette conclusion particulière. La situation des autres élèves reste ouverte, car la phrase donne seulement l’information sur Léa.
3. La proposition concerne tous les carrés
L’ensemble annoncé est celui des carrés. La propriété appartient à chacun de ses membres, donc la proposition est universelle à propos de cet ensemble. Les carrés constituent bien une catégorie particulière parmi les figures planes. Mais tu dois distinguer cette place dans une catégorie plus large et ce que la proposition affirme de tous les carrés.
4. La phrase porte sur une élève déterminée
Tu qualifies la proposition de singulière, car elle concerne Léa. La propriété peut être partagée avec toute la classe sans changer l’individu dont cette phrase parle. Pour former une proposition universelle sur la classe, tu écrirais que tous les élèves ont rendu leur copie.
5. Le mensonge montre une transgression
Tu observes ce qu’une personne fait. Mais une exigence morale indique ce qu’elle devrait faire. Son comportement montre donc un écart entre sa conduite et l’exigence. Pour réfuter la justification de cette exigence, il faudrait examiner les raisons qui la rendent obligatoire, comme Kant le fait avec la maxime de la fausse promesse.
Tu peux contrôler tes arguments avec le cours de logique
Dans ton prochain paragraphe, tu peux entourer les mots tous et certains. Tu précises ensuite les personnes ou les choses concernées, puis tu compares ce que tu affirmes et ce que tes raisons permettent d’établir. Le cours gratuit de logique en philosophie te permet de poursuivre ce travail avec des raisonnements expliqués.
Si tu cherches aussi un support pour réviser les problèmes de la raison, tu peux consulter l’aperçu de la carte mentale sur la raison. Elle rassemble les explications sur une grande page. L’exercice et la méthode de cette page restent accessibles gratuitement.
Sources et place du repère dans le programme
Les programmes de 2019 de terminale générale et technologique comprennent le repère universel/général/particulier/singulier. Ils demandent de l’utiliser dans la réflexion sur les notions. Tu peux donc t’en servir pour analyser une affirmation ou développer un argument, en expliquant le sens retenu.
- Programme officiel de terminale générale, section des repères.
- Programme officiel de terminale technologique, section des repères.
- Aristote, De l’interprétation, chapitre VII, paragraphes 1 à 11, traduction Barthélemy-Saint-Hilaire.
- Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, deuxième section, formulation de la loi universelle et deuxième exemple, la fausse promesse, traduction Jules Barni.